/sports/opinion/columnists
Navigation

Inquiétant et désespérant

Marc Bergevin
Photo d’archives, Pierre-Paul Poulin Marc Bergevin semble à court de solutions pour régler les problèmes du Canadien.

Coup d'oeil sur cet article

Deux amateurs de hockey sont venus me parler l’un après l’autre du Canadien à mon arrivée à l’entraînement de l’équipe, hier midi, à Brossard.

Le premier était calme ; le deuxième, vêtu d’un blouson du Tricolore et coiffé d’une casquette assortie, était en furie.

« Qu’attendent-ils pour congédier Bergevin et Julien ? » m’a-t-il lancé.

« Et l’autre, là, Timmins, qu’ils le mettent dehors, lui aussi ! »

Les paris sont ouverts en ce qui concerne Bergevin. Le site BetOnline.ag, qui informe régulièrement les médias en matière de paris sportifs, en a fait une gageure.

Marc Bergevin sera-t-il encore le directeur général du Canadien, le 30 juin prochain ? lit-on dans le communiqué.

En fin de matinée, hier, les résultats indiquaient qu’une personne sur deux croyait que Bergevin serait encore à son poste à cette date. La cote était de trois contre deux parmi ceux qui estiment qu’il serait relevé de ses fonctions.

Me semble de voir Loto-Québec faire ça...

Pas en danger pour le moment

Bergevin est-il en danger à ce moment-ci ?

Quoiqu’il ne faille jamais jurer de rien dans ce bas monde, Mike Babcock ne pensait probablement pas qu’il serait congédié si tôt cette saison.

Claude Julien pourrait-il être balancé avant Bergevin ?

Pense pas non plus.

On saura que l’alerte aura sonné dans les bureaux du septième étage du Centre Bell si ça se produit.

Pas avant.

Journée comme les autres

Hier, les choses étaient tranquilles à Brossard. L’entraînement s’est déroulé rondement, et le point de presse du coach a duré moins de sept minutes.

Julien y a mis fin de son propre chef, tout comme il l’avait fait après la débandade de la veille contre les Bruins. À ses yeux, les questions étaient toutes du pareil au même.

Que Julien en ait marre de les entendre, c’est compréhensible. La vieille croûte que je suis est pour sa part fatiguée d’écouter la même rengaine depuis 25 ans.

Et, à en juger par les courriels que je reçois, il y en a plusieurs d’entre vous qui en avez plein votre casque !

Le culot de Réjean Tremblay

Si j’avais le culot de Réjean Tremblay, j’aurais demandé à Julien s’il pense rester en poste jusqu’à Noël. 

À titre d’information pour ceux qui n’étaient pas nés et pour les autres qui étaient trop jeunes pour savoir, Réjean avait posé cette question à Pat Burns alors que ce dernier en était à son premier mois derrière le banc du Canadien, en octobre 1988. On avait tous failli s’étouffer dans la cafétéria des employés du Forum, là où on rencontrait quotidiennement l’entraîneur.

Le Tricolore avait terminé le mois d’octobre avec une fiche de 4-7-1. Mais il s’était admirablement repris au cours des mois suivants en conservant un dossier de 49-11-8, pour terminer au premier rang de l’Association de l’Est avec 115 points. La troupe de Pat s’était inclinée en finale de la Coupe Stanley en six matchs devant les Flames de Calgary, qui avaient connu une saison de 117 points.

Voilà pour l’histoire. 

À court de solutions

La présente édition du Canadien ne se compare en rien à celle de la saison 1988-1989. Elle n’a pas de Patrick Roy, pas de Larry Robinson, ni de Bob Gainey, de Guy Carbonneau, de Mats Naslund, de Chris Chelios, de Claude Lemieux ou de Shayne Corson. On la sait travaillante, comme Julien le répète souvent, et on connaît ses failles.

Le plus embêtant est que ses dirigeants ne tiennent pas des discours de nature à encourager les partisans. On peut toujours dire qu’ils font montre de transparence. Mais ça devient abrutissant à entendre depuis le temps que ça dure.

Il y a quelques semaines, Julien a dit qu’il travaillait avec les éléments à sa disposition. En termes clairs, ça veut dire qu’il fait son possible.

Il y a trois jours, Geoff Molson a répété ce que Bergevin nous dit depuis des années, en déclarant qu’il est difficile de nos jours d’effectuer des transactions en raison des contraintes du plafond salarial.

Il y a une part de vérité dans cet énoncé, mais, tout comme l’an dernier, le Canadien dispose d’un montant

supérieur à huit millions dans sa masse salariale.

Ce n’est rien pour arranger les choses. C’est lourd de sens. Ça donne l’impression que la direction n’a pas de solutions à ses problèmes. C’est à la fois inquiétant et désespérant.

Qui peut se lever ?

Lorsqu’une équipe traverse une période difficile, comme c’est actuellement le cas chez le Canadien, ça prend un joueur capable de brasser la cage.

Qui peut faire ça chez le Tricolore ?

On dit que c’est l’équipe de Carey Price et de Shea Weber. Les deux sont hautement respectés de leurs coéquipiers. Mais ils semblent être plus du genre à prêcher par l’exemple. Ils ne donnent pas l’impression de pouvoir virer un vestiaire à l’envers.

Même chose pour Brendan Gallagher, qui joue comme si sa vie en dépendait à chaque match.

C’est vrai que nous ne sommes pas dans le vestiaire. Mais quand on suit le hockey depuis longtemps, on en vient à connaître le caractère d’un joueur en échangeant avec lui. On est capable d’identifier un leader.

Dans un sport émotif comme le hockey, un bon discours bien senti d’un joueur peut créer un effet.

Qu’est-ce qui dérange Domi ?

Parlant de combativité, quelqu’un peut-il expliquer ce que Max Domi essaie de faire cette saison ?

Il n’est que l’ombre du joueur que l’on a apprécié la saison dernière. Il n’est pas très visible sur la glace. Il ne crée pas d’étincelles. Il ne provoque pas l’adversaire.

Est-il perturbé par le fait qu’il n’a pas encore obtenu une prolongation de contrat ?

À cette question qui lui a été posée la semaine dernière, il a répondu qu’il n’en est rien. 

La réponse classique dans cette situation.

Mais je le soupçonne d’être déçu.

Chose certaine, ce n’est pas en jouant comme il le fait depuis le début de la saison qu’il va hausser son pouvoir de négociation.

Pour être efficace, Domi doit déranger. C’est le type de joueur qu’il est.

Je ne sais pas si on lui a dit de se calmer. Mais son comportement docile sur la patinoire ne lui réussit pas. Il doit faire sentir sa présence.