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L’autre motif pour destituer Donald Trump

L’autre motif pour destituer Donald Trump
Photo AFP

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En plus des accusations de corruption dans l’affaire ukrainienne, le président Trump s’est exposé à des accusations d’outrage au Congrès et d’entrave à la justice qui en disent long sur son mépris des institutions et son penchant vers l’autoritarisme.

Les preuves de corruption (bribery) dévoilées par l’enquête du comité du renseignement de la Chambre des représentants sont solides et il semble évident que cette accusation constituera le premier « article d’impeachment » contre Donald Trump.

Les républicains s’accrochent quand même au fait que les témoins entendus n’ont pas reçu l’ordre direct du président de lier l’aide militaire à l’Ukraine à l’annonce d’enquêtes impliquant son rival Joe Biden et ils déplorent le manque de preuves matérielles à l’appui des accusations contre le président.

Conscience de culpabilité

L’ironie, c’est que s’il y a peu de témoignages directs et peu de documents incriminants, c’est à cause du blocage de l’administration Trump.

Toutes les demandes de témoignages ou de documents des comités de la Chambre ont obtenu la même réponse : Nyet !

Si le président n’a rien à se reprocher, pourquoi cette obstruction systématique ? L’argumentation juridique de la Maison-Blanche est une feuille de vigne, car elle nie le principe fondamental de l’égalité entre les branches du gouvernement américain.

Ce blocage représente aussi, tant au plan juridique que du point de vue du gros bon sens, une démonstration assez claire de « conscience de culpabilité ».

Une faute majeure

L’outrage au Congrès, qui dans ce cas représente aussi une entrave à la justice, n’est pas une faute mineure.

Dans le cas du Watergate, une des accusations contre Richard Nixon portait justement sur ses multiples tentatives d’entraver les enquêtes du Congrès.

Les sceptiques diront que les démocrates font pareil. Pourtant, lorsqu’un comité de la Chambre a enquêté pendant deux ans sur de présumées malfaisances de l’administration Obama dans l’affaire de Benghazi, aucun témoin n’a été empêché de comparaître et l’administration Obama a volontairement transmis des dizaines de milliers de documents.

Dans l’enquête sur l’affaire ukrainienne, l’administration Trump n’a transmis aucun des documents demandés.

Pas un roi

Ce blocage systématique des travaux du Congrès reflète le mépris des institutions et des normes de la part de l’actuel président, qui considère que toutes ses actions sont par définition irréprochables et incontestables.

La décision d’une juge fédérale pourrait changer la donne. Dans une affaire qui concerne le refus de témoigner de l’ex-conseiller juridique du président, Don McGahn, la juge Ketanji Brown Jackson conclut que l’argumentation de la Maison-Blanche ne tient pas la route.

Dans un jugement lapidaire, elle précise que « les présidents ne sont pas des rois » et qu’ils doivent rendre compte de leurs actions. Ce jugement pourrait inciter les démocrates du Congrès à insister pour recevoir d’autres témoins et documents, mais le temps joue contre eux.

L’obstruction systématique des enquêtes du Congrès affaiblira probablement les accusations de corruption contre Donald Trump, mais elle représente en elle-même un geste passible de destitution que personne ne pourra, en toute bonne foi, nier qu’il a commis.