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Quel sort attend nos téléromans?

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Le diable est aux vaches entre l’Union des artistes et l’Association québécoise de la production médiatique. Les moyens de pression de l’UDA viennent de commencer et devraient s’accentuer.

Malheureusement, la paix n’est pas pour demain. Elle risque d’être d’autant plus longue à venir que la solution aux griefs actuels ne dépend ni des artistes ni des producteurs. Avant de lancer les moyens d’action, Sophie Prégent, la présidente de l’UDA, a pris soin de rappeler que « l’argent n’est pas l’enjeu principal de la négociation ».

Quels sont-ils, ces enjeux ? La cadence de travail, explique la présidente, le délai de livraison des textes aux interprètes, le rythme de tournage, la longueur des journées de travail et le nombre excessif de scènes qu’on tourne en une journée. N’en déplaise à Sophie Prégent, sauf la livraison des textes, ces enjeux sont tous des questions d’argent.

Malgré l’aide du Fonds des médias, malgré les généreux crédits d’impôt consentis par nos deux gouvernements, les budgets de production n’ont pas augmenté depuis quelques années. Dans certains cas, ils ont même diminué.

ON ROGNE OÙ ON PEUT

Même si les producteurs sont maîtres de leurs budgets, ils n’arrivent pas à les augmenter, car ils ne peuvent soutirer plus d’argent des diffuseurs. Ceux-ci invoquent — avec raison — qu’ils ne sauraient payer davantage, leurs revenus publicitaires diminuant d’année en année. Dans la plupart des cas, les diffuseurs sont les seuls clients des producteurs, car nos séries ne trouvent pas facilement preneurs à l’étranger. La situation semble s’améliorer, mais l’exportation ne sera jamais le Pérou.

Bon nombre de coûts de production sont incompressibles, en plus d’être soumis à l’inflation. Pour continuer de produire avec des budgets identiques à ceux des années antérieures, les producteurs n’ont d’autre choix que rogner où c’est possible. Donc, sur la cadence de travail, le rythme de tournage et la longueur des journées de travail. Quelques heures supplémentaires chaque jour coûtent moins cher que des journées de tournage supplémentaires.

À TORONTO, ON EST MORT DE RIRE

Pendant qu’au Canada français on s’arrache les cheveux pour produire des séries avec moins d’argent chaque année, à Toronto ou à Vancouver, on est mort de rire. Les budgets anglophones sont deux à trois fois plus élevés que ceux de nos séries. Ironie du sort, nos séries rejoignent de deux à trois fois plus de téléspectateurs que les séries anglophones ! 

Il y aurait deux façons d’augmenter le budget des séries francophones : les subventionner davantage ou en produire moins de manière à répartir l’argent disponible sur un plus petit nombre de séries. 

Pour l’instant, je ne crois pas que les gouvernements soient prêts à investir plus d’argent. Quant à l’hypothèse d’en produire moins, elle est aussi difficile à accepter pour les diffuseurs que pour les artistes. Moins de séries réduirait les possibilités de travail des artistes et obligerait les diffuseurs à payer davantage.

Les séries originales constituent le pain et le beurre de nos diffuseurs. Pas tellement, parce qu’ils arrivent à en amortir le coût — plusieurs sont diffusées à perte —, mais parce qu’elles permettent à un réseau de se démarquer, attirent l’audience et la fidélisent.

District 31 et Fugueuse ont encore de beaux jours devant elles pour peu qu’interprètes et artisans acceptent de se serrer la ceinture.