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Les leçons de la Bolivie

Les leçons de la Bolivie
AFP

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On a beaucoup parlé de la Bolivie dernièrement, à la suite du coup d’État qui a forcé le président Evo Morales à l’exil et qui prend de plus en plus des allures de tragédie humaine.  

Comment se fait-il qu’un président qui, en treize ans seulement, a fait passer la pauvreté extrême de 38% à 15%, qui a placé son pays parmi les plus prospères du continent avec une forte croissance économique grâce à une politique de nationalisation des ressources naturelles, qui a pratiquement éliminé l’analphabétisme grâce à l’aide humanitaire cubaine, en soit rendu à démissionner et à s’enfuir en catastrophe ?  

Evo Morales a dû quitter le pays précipitamment et se réfugier au Mexique, où gouverne un président ami de gauche, pour échapper à la mort. Des bandes fascistes organisées ont mis le feu aux domiciles de ministres de son gouvernement et aussi bien la police que les forces armées lui ont affirmé ne pas pouvoir garantir sa sécurité.  

Visiblement, le président bolivien ne voulait pas subir le même sort que Salvador Allende, en septembre 1973 au Chili, qui est mort avec un AK-47 dans les mains, véritable symbole de la résistance au fascisme qui hante encore les rues de ce pays andin. Allende était un président socialiste qui croyait au parlementarisme. Il avait été élu démocratiquement et la veille de son décès, l’armée et le général Pinochet lui avaient juré fidélité. Cela n’a pas empêché la trahison, le coup d’État et l’instauration d’une dictature sanglante.  

Tout comme l’avait fait avant lui le président socialiste Allende, le président socialiste Evo Morales a enlevé aux riches pour le redistribuer aux pauvres. En nationalisant les compagnies gazières, il se mettait à dos les États-Unis et la bourgeoisie bolivienne, qui, surtout elle, ne pouvait tolérer être gouvernée par un Indien syndicaliste non universitaire ancien cultivateur de coca.  

Malgré ses nombreuses années au pouvoir, Evo Morales ne contrôlait ni les moyens de communication comme les médias de presse, la radio et la télévision, qui multipliaient les attaques et les accusations les plus farfelues contre le gouvernement légitime, sans être le moindrement inquiétés, ni l’armée, une armée formée par les États-Unis à la fameuse École des Amériques par laquelle sont passés tous les sanguinaires du continent.  

Connaissant les velléités putschistes de l’armée dont il était issu, le commandant Chavez avait eu la brillante idée de former une milice populaire, qui compte aujourd’hui un million de personnes. C’est pour cela que Chavez, tout comme le président Maduro aujourd’hui, parlait de l’union civico-militaire. Une telle union, soudée par le patriotisme anti-impérialiste et les idées progressistes, permet de parer à toute tentative de coup d’État comme on l’a vu l’an dernier au Venezuela.  

Evo Morales a vanté le pacifisme de son pays, et c’est tout à son honneur, mais c’était oublier que son armée et ses forces de police ne le sont pas. C’était oublier que les États-Unis, pendant toutes ces années de gouvernance socialiste, ne sont jamais demeuré inactifs. Comment allaient-ils demeurer les bras croisés en acceptant de se faire dépouiller ? Vous en connaissez, vous, des pays conquérants qui ont accepté les règles du jeu ? Même la France républicaine a fait payer un lourd tribut aux Haïtiens comme prix de leur indépendance.  

Ce n’est pas le pacifisme qui a mis fin à l’apartheid en Afrique du Sud, ni la naïveté, ni l’amour comme j’entendais quelqu’un le dire l’autre jour à la radio, mais la force des armes. Sans cette force armée, l’apartheid sévirait encore aujourd’hui sans aucun doute. Aucune minorité possédante n’accepte de se faire dépouiller de ses privilèges si elle n’y est pas contrainte par une force plus déterminée. C’est le prix à payer si on veut vaincre et rester en vie. La Chine de Mao, le Vietnam d’Ho Chi Minh, Cuba avec Fidel Castro, le Nicaragua avec Ortega sont quelques exemples de ce combat à finir, où la force des armes a fait la différence.  

Cela ne signifie pas qu’il ne faille jamais jouer le jeu démocratique là où les conditions s’y prêtent. Mais il ne faut jamais perdre de vue que la partie adverse réagira férocement. On l’a vu en Catalogne et cela devrait nous servir d’exemple ici au Québec.