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Faire le mal au nom du bien?

Behind scene. Multiple camera. Cameraman shooting film scene with camera
Photo Adobe Stock

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Imaginons qu’un organisme gouvernemental a de l’argent pour subventionner 10 films.

Il examine 100 projets. De ces 100 projets, 80 sont soumis par des hommes et 20 par des femmes.

Il en est ainsi parce que c’est un milieu traditionnellement dominé par les hommes. 

Est-ce en raison d’une discrimination plus ou moins subtile ? Oui, sans doute.

Quoi qu’il en soit, cet organisme décide qu’il financera un nombre égal de projets d’hommes et de femmes.

Recevront donc de l’argent cinq projets d’hommes et cinq projets de femmes.

Cela implique qu’un projet féminin aura 25 % de chances d’être financé et qu’un projet présenté par un homme aura 6,25 % de chances de l’être.

Courage

Le courage prend des formes qui m’auraient étonné il y a quelques années à peine.

Dans La Presse d’avant-hier, un jeune réalisateur, Étienne Goulet, critiquait les orientations prises par les organismes qui financent la production cinématographique chez nous, comme la SODEC et Téléfilm Canada.

En gros, il dit qu’on ne corrige pas une injustice par une autre, que ces nouvelles orientations furent adoptées sans véritable débat, et qu’elles suscitent dans le milieu un malaise sur lequel s’abat une chape de plomb de silence et de rectitude.

Il est facile pour un gérant d’estrade comme moi d’opiner. M. Goulet, lui, se met à risque.

L’an dernier, Alberto Barbera, le directeur de La Mostra de Venise, un des plus grands festivals de cinéma au monde, avait fait scandale en défendant le fait que seulement deux des 21 films en compétition pour le Lion d’Or étaient réalisés par des femmes.

Il avait eu « l’outrecuidance » de dire qu’il lui aurait fait plaisir de sélectionner plus de films de femmes pour la récompense suprême s’il y en avait eu davantage de qualité, celle-ci étant son seul critère.

Il ajoutait que si on emprunte cette voie, on s’engage sur une pente savonneuse qui conduira à la prise en compte d’un tas d’autres critères invoqués par divers groupes.

Or, par définition, plus vous multipliez les critères, plus vous diluez celui de la qualité.

Si vous voulez encourager la participation, d’accord, mais si vous voulez récompenser l’excellence, vous lui nuisez plutôt.

Si je me souviens bien, chez nous, il n’y eut guère que Sophie Durocher pour le défendre ouvertement.

Oups !

Qu’on ne me comprenne pas de travers ici.

Je suis pour que l’on fasse davantage d’efforts pour soutenir et diffuser les œuvres féminines.

Mais Téléfilm Canada vise un financement paritaire dès l’an prochain. Cela soulève au moins deux problèmes. 

Un Denys Arcand, un Denis Villeneuve, un Podz trouveront du financement. Leurs noms, leurs trajectoires suffisent.

Mais qu’en est-il des jeunes réalisateurs masculins qui débutent ? 

N’est-il pas cruellement ironique qu’une mesure qui se veut progressiste risque surtout d’avoir un impact sur... la relève ?

Corriger une injustice ? Absolument.  

Mais qu’en est-il alors d’un autre principe de droit fondamental, celui de l’égalité des chances ?

Corriger une injustice du passé en conjuguant l’injustice au présent ? Qu’on m’explique.