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La bataille du Groenland

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Les services de renseignement du Danemark viennent de tirer la sonnette d’alarme. Dans un rapport publié hier, ils avertissent que la Chine chercherait à prendre le contrôle du Groenland. Les Chinois ne sont pas seuls à s’intéresser de près au Groenland.

En août dernier, Donald Trump avait le plus sérieusement du monde offert d’acheter le Groenland au Danemark. Le gouvernement danois avait refusé. En raison des changements climatiques, le Groenland devient de plus en plus important géostratégiquement. Il est bien évident que ni les pays européens, ni les États-Unis, ni le Canada n’ont intérêt à ce que la Chine prenne le contrôle du Groenland. Mais le Danemark peut-il défendre le territoire du Groenland ? Peut-il empêcher le gouvernement chinois d’investir massivement au Groenland ?

1. Pourquoi le Groenland est-il important commercialement ?

Le Groenland est le carrefour de l’Arctique. Qui contrôle le Groenland contrôle les voies de navigation de l’Arctique. Tant que ces voies demeuraient plus ou moins gelées, le rôle du Groenland restait marginal. Mais avec le réchauffement climatique, les routes de l’Arctique deviennent de plus en plus fréquentées. Ces routes permettent de raccourcir de plusieurs jours le transport des marchandises entre l’Asie, l’Europe et les ports de la côte Est américaine. Le Groenland est aussi riche en ressources marines et en minéraux tels que le fer, les terres rares ou l’uranium.

2. En quoi le Groenland peut-il intéresser la Chine militairement ?

Le Groenland est un territoire proche des bases militaires américaines d’Alaska. C’est aussi un territoire proche de l’Europe. Pour le moment, la Chine possède une seule base militaire à l’étranger, à Djibouti. Mais plusieurs bases scientifiques chinoises à travers le monde seraient en fait des bases militaires déguisées.

3. Le Groenland pourrait-il réellement tomber sous contrôle chinois ?

La population du Groenland n’est que de 60 000 personnes. La plupart des habitants du territoire sont de descendance autochtone. Seules environ 5000 personnes sont danoises d’origine. Mais surtout, la population du Groenland est pauvre et désœuvrée. Elle compte parmi les plus hauts taux d’alcoolisme et de suicide au monde. Dans ces conditions, les investissements massifs que les compagnies chinoises promettent dans les mines et dans les ressources maritimes font rêver. Comme le Groenland jouit d’un très haut niveau d’autonomie, les autorités locales n’ont pas besoin de l’accord du gouvernement danois pour signer des ententes avec des compagnies chinoises. Mais les capitaux chinois n’arrivent pas seuls. Ils sont aussi liés à l’établissement de main-d’œuvre chinoise.

4. Comment le gouvernement chinois voit-il l’Arctique ?

Pour le gouvernement chinois, une grande partie de l’Arctique est constituée d’eaux internationales. Ceci signifie que la Chine ne reconnaît pas la souveraineté du Canada sur une grande partie du territoire arctique. Le gouvernement chinois prévoit éventuellement d’exploiter les ressources naturelles du Grand-Nord canadien, en particulier ses ressources gazières et pétrolières. Le Groenland peut l’aider à y parvenir.

5. Le danger est-il imminent ?

Non. L’exploitation des ressources minérales de l’Arctique n’est pas pour demain. L’absence de routes et de ports rend cette exploitation très coûteuse. De plus, le froid extrême continue à poser des défis technologiques importants. Mais dans la mesure où le Groenland constitue le maillon faible de l’Arctique, il est normal que la Chine cherche à y raffermir son influence. Du reste, les projets de la Chine pour le Groenland s’inscrivent dans le cadre beaucoup plus vaste des nouvelles routes de la soie.