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La «trumpétisation» des répliques

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Nous sommes bien conscients que notre Bureau d’enquête fait souvent mal paraître des institutions, des entreprises, des élus et des personnalités publiques.

C’est pourquoi nous vérifions et contre-vérifions les faits. Que nous faisons le nécessaire pour recueillir toutes les versions. Que nous faisons tout relire par nos avocats.

Si nous nous trompons, nous nous rétractons le plus rapidement possible.

Nous sommes conscients que les personnes touchées, ou qui se sentent visées, vont réagir à nos reportages. C’est tout à fait compréhensible. Et c’est leur droit.

Cependant, coup sur coup depuis trois semaines, c’est la crédibilité de nos journalistes ou celle du Bureau d’enquête que les personnes concernées s’emploient à attaquer, car celles-ci ont tort sur les faits.

Donald Trump fait la même chose aux États-Unis depuis plus de trois ans avec un certain succès dans l’œil du public. C’est pourquoi on ne peut laisser faire.

Ricardo

Par exemple, cette semaine, nos révélations sur l’explosion des coûts des projets Lab-École ont beaucoup fait réagir à l’Assemblée nationale. Une information que les contribuables québécois ont le droit de savoir.

Trois personnalités sont étroitement associées à ce projet et se sont senties visées, dont le populaire chef Ricardo.

« Il devrait y avoir des entrevues de faites avec Alexandre Robillard, parce que je ne sais pas où ils ont pris ces chiffres-là, ils devaient être en manque d’attention à matin. C’est biaisé, faux, c’est des règles de trois tirées par les cheveux », a-t-il déclaré au micro de l’émission de Bernard Drainville.

Ce que le gourou de la cuisine ne semblait pas savoir, c’est que nous avions tous les bons chiffres et non seulement étaient-ils rigoureusement exacts, ils nous avaient été fournis en grande partie, par l’organisation du Lab-École elle-même et les commissions scolaires qui gèrent les budgets de chacune des écoles.

Benoit Dorais

La semaine dernière, notre Bureau d’enquête révélait que la Ville de Montréal, confrontée à une situation budgétaire difficile, a dû couper 400 M$ d’urgence en projets d’investissement prévus. Et qu’elle se dirigeait vers la catastrophe financière si elle continuait à débourser à ce rythme.

Dans les heures suivantes, le président du Comité exécutif, Benoit Dorais, a profité d’une tribune pour déclarer que nos informations étaient fausses. Il a dit que la Ville n’était « absolument pas dans les coupures » et que nous n’avions même pas appelé la Ville avant de publier notre article. Faux, faux et faux.

Les jours suivants, l’analyse des faits nous a donné raison. Je tiens à dire que nous avions tout de même fait une erreur dans ce texte que nous avons corrigée dès le lendemain, même si elle était mineure par rapport à l’essentiel.

Steve Flanagan

Il y a deux semaines, c’était au tour du communicateur bien connu Steve Flanagan de lire qu’il était visé par une enquête du Bureau d’intégrité et d’éthique de Laval-Terrebonne pour une affaire de fractionnement de contrats (deux contrats sous la barre des 25 000 $) et d’un autre contrat de gré à gré.

Un reportage « insidieux » et « cheap », a-t-il dit, en pesant fort bien ses mots dans une entrevue à la radio. Encore une fois, tous nos faits étaient vérifiés et contre-vérifiés, inattaquables.

Attaquer le média ou le journaliste directement, c’est plus facile que de présenter les faits. C’est ce que Donald Trump fait presque tous les jours. Nous ne nous laisserons pas insulter de la sorte ici.

Dany Doucet
Rédacteur en chef