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Ohio, avortements et médecins meurtriers

Ohio, avortements et médecins meurtriers
AFP

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Le débat entre partisans pro-vie et pro-choix n'est pas nouveau aux États-Unis. Depuis le jugement historique de 1973 Roe v. Wade, les affrontements entre partisans et les recours juridiques secouent régulièrement la société américaine. 

Depuis longtemps, les pro-vie ont multiplié les angles d'attaque pour limiter le recours à l'avortement. Ils sont bien organisés, bien financés et particulièrement habiles. Si bien évidemment on veut d'abord préserver le droit à la vie, on mise habituellement sur la santé des femmes pour influencer les législateurs. On limite donc l’avortement dès qu’on entend le cœur du fœtus et l'on exige des cliniques qui pratiquent des avortements des conditions et des investissements que seuls des mégas-hôpitaux ont les moyens de s’offrir. 

Les législateurs de l’Ohio viennent cependant d’intégrer des exigences que même les meilleurs médecins ne peuvent respecter. Comment est-ce possible? L’intervention qu’on leur demande de pratiquer n’existe tout simplement pas. 

La nouvelle loi pro-vie exigerait des médecins qu’ils interviennent lors de grossesses ectopiques. Cette grossesse qui se développe hors de l’utérus, dans la trompe de Fallope, conduit souvent à des interventions d’urgence et on les détecte de plus en plus tôt. Lorsqu’on tarde, la fertilité de la mère, ou même sa vie, sont en jeu. Les médecins retirent donc le fœtus, le placenta ainsi que la partie de la trompe qui ne peut être réparée. 

Selon la nouvelle loi, un médecin serait considéré comme un meurtrier si en plus de la procédure habituelle il ne tente pas de déplacer l’embryon de la trompe à l’utérus pour tenter de le sauver. Pour le personnel médical, le problème est insoluble. Sans intervention on risque la fertilité et la vie de la femme, mais la procédure pour déplacer l’embryon n’existe pas. Sauver un embryon dans ce cas de figure est impossible. 

Comment en arrive-t-on là? Un effet pervers et imprévu de la définition d’embryon. Si l’embryon est défini comme un enfant qui n’est pas encore né, ne pas tenter de le sauver est un acte criminel. Plusieurs médecins de l’Ohio ont fait savoir aux législateurs que dans les conditions actuelles, tous ceux et celles qui interviennent dans les cas de grossesses ectopiques vont se retrouver derrière les barreaux. 

Vous imaginez déjà les recours judiciaires qui vont se multiplier? Pour ma part, je me concentre sur le sort qui attend les femmes qui vivront éventuellement ces grossesses ectopiques. Mettre un terme à une grossesse n’est jamais une chose aisée, une décision prise à la légère. Être enceinte et en plus risquer sa vie ou sa fertilité en cas de grossesse ectopique me semble inhumain. Au cœur de cette situation choquante, une stratégie juridique maladroite plus que des convictions morales ou religieuses.  

Chaque petit gain de certains extrémistes pro-vie limite les recours à l’avortement, mais à quel prix? Nous atteignons ici une limite qui est contraire au droit à la vie, la vie de la mère et des autres enfants qu’elle pourrait avoir.