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Un livreur d'huile sur l’avenue Lartigue

1973

Avant Après
Photos Daniel Heikalo, livraison d’huile en 1973 sur l’avenue Lartigue, au nord de Larivière.
Photo PIerre-Paul Poulin

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DU MAZOUT À MOINDRE COÛT

Avec l’aide du garçon, le livreur s’apprête à verser « de l’huile à chauffage » à l’aide d’un entonnoir. Sur ce segment de l’avenue Lartigue au nord de la rue Larivière, plusieurs familles utilisent toujours ce combustible en 1973. L’ancien résident Daniel Heikalo se souvient que certains citoyens n’avaient pas les moyens d’acheter un baril ou un demi-baril de mazout, livrés par les compagnies Viens ou Massicotte. Ce vendeur ambulant répond à leurs besoins en fournissant du combustible en petite quantité à moindre prix. Si celui-ci tarde à passer, les machines distributrices Brodeur sur la rue Logan à l’angle Champlain permettent aussi d’acheter une cruche pour quelques pièces. Mais en moins de quinze ans, la consommation de mazout recule de 70 %. Avec la hausse des prix des produits pétroliers dans les années 1970, les gouvernements subventionnent les ménages qui souhaitent se convertir à l’électricité. Bien que son usage a décliné, le mazout entreposé en baril a laissé des traces sur les planchers de bien des appartements montréalais. 

UNE AVENUE CACHÉE

Photos Daniel Heikalo, les maisons de l’avenue Lartigue, au sud de Logan, en 1978.

Ces duplex rouges et cette petite maison bleue s’élèvent sur un deuxième segment de l’avenue Lartigue, celui situé entre Maisonneuve et Logan. L’histoire de cette voie étroite et fragmentée remonte à la fin du XIXe siècle. Autrefois connue sous le nom de ruelle Saint-Pierre, l’avenue prend le toponyme Lartigue en 1908 en l’honneur de l’évêque montréalais farouchement opposé aux patriotes. Alors que la population augmente rapidement, des demeures modestes sont aménagées à l’arrière des lots des rues Panet et De La Visitation pour loger les nouveaux arrivants venus travailler en ville. Lorsqu’ils ont un moment de libre, les résidents de l’avenue Lartigue s’installent à leur fenêtre ou sur une chaise sur le trottoir devant la porte. Ils surveillent le passage des livreurs, saluent le voisin au retour de l’usine et, surtout, discutent fort. Si certaines demeures ont aujourd’hui disparu au nord de Larivière, celles qui restent au sud de Logan donnent à l’avenue Lartigue l’allure d’une petite rue d’un village breton.

JEUX DE RUELLE

Cette vue sur l’arrière de ces demeures révèle le charme populaire du Centre-Sud. Né en 1930 sur la rue Logan, l’écrivain Marcel Dubé brosse un portrait de ces ruelles comme d’un monde en soi. Le moindre espace est mis à profit par les enfants. En hiver, les jeunes construisent des forts, jouent au hockey et se glissent dans la côte enneigée. En été, ils se cachent dans les hangars, garages et poulaillers ; les transformant en véritables châteaux forts de fortune. L’endroit est parfait pour mettre au point un plan d’espionnage ou d’attaque de la bande rivale maîtresse de la ruelle voisine. Inspirées par les films de cowboys, les petites guerres et les jeux inventés font raisonner les voix enfantines de part et d’autre du quartier. Parfois, un lilas ou les feuilles d’une vigne verdissent le décor de cette vie enfantine traversé par les cordes à linge. Cette enfance humble et sans faux-semblants a été celle de plusieurs milliers de Montréalais et Montréalaises.