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Confusion autour des activités de lobbyisme d’un ex-grand stratège de Philippe Couillard

L’ancien directeur de cabinet adjoint du premier ministre n’aurait pas respecté certains délais légaux

Charles Robert,
Photo d'archives, Simon Clark Charles Robert a été embauché, en mai, comme v.-p. de la firme Lévesque stratégies et affaires publiques, qui fait la promotion d’une norme anticorruption controversée.

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L’ex-bras droit de Philippe Couillard et chef de campagne de Dominique Anglade, Charles Robert, s’expose à des pénalités allant de 500 $ à 25 000 $ pour n’avoir pas respecté les règles de lobbying de ses cinq mandats.  

« Quand le Commissaire constate des irrégularités, il fait des vérifications. Les informations déclarées [dans le Registre des lobbyistes] nous amènent à faire des interventions pour assurer le respect de la Loi », a indiqué au Journal le porte-parole du Commissaire au lobbyisme du Québec, Daniel Labonté.    

Sous le règne de Philippe Couillard, Charles Robert avait le rôle clé de directeur de cabinet adjoint du 7 avril 2014 au 18 octobre 2018, selon le registre.    

Ce qui signifie qu’il devait attendre au minimum un an, soit au 18 octobre 2019, avant de faire du lobbyisme, comme l’exigent les règles d’après-mandat pour ce type de poste.    

Or, Le Journal a appris qu’aucun des cinq mandats de Charles Robert inscrits au Registre des lobbyistes, en date de jeudi dernier, ne respecte ce délai.    

Contrats publics  

Depuis le 22 septembre dernier, M. Robert est lobbyiste pour le géant californien de logiciels Nutanix qui veut des contrats publics auprès du Secrétariat du Conseil du trésor. Cela, même s’il devait attendre au 18 octobre avant de faire du lobbyisme.     

Même chose pour ses quatre autres mandats, soit celui pour le dépanneur Accomodation CJMS (15 mai 2019), l’organisme à but non lucratif CEFRIO (15 avril 2019) ou l’Association Hôtellerie Québec (1er septembre 2019 et 5 avril 2016).    

Le Journal a également constaté qu’aucun de ses cinq mandats n’a été inscrit non plus au Registre dans les délais de 30 jours prescrits par la loi.    

Au Québec, il est obligatoire de déclarer l’activité de lobbyisme au plus tard 30 jours après qu’elle a eu lieu. Or, ici, aucune de ses inscriptions ne respecte ce délai légal.    

  • ÉCOUTEZ l'entrevue de Me Jean-François Routhier, commissaire au lobbyisme, à QUB Radio:

« Erreur cléricale »  

Joint par Le Journal vendredi après-midi, Charles Robert s’est défendu en plaidant « l’erreur cléricale ».    

« J’ai peut-être fait une erreur cléricale en les rentrant en inscrivant la date de signature du contrat », a-t-il précisé.    

M. Robert a souligné qu’il s’était trompé en mettant la date à laquelle sa firme Lévesque stratégies et affaires publiques avait commencé à faire du lobbyisme plutôt que d’inscrire celle où il en avait fait personnellement.     

Il a insisté pour dire qu’il n’a pas fait de lobbyisme pendant sa période d’interdiction.    

« J’ai honoré mes engagements jusqu’au 18 octobre 2019 de cette année parce que je n’avais pas le droit de faire du lobbying », a-t-il répété.    

L’ex-directeur des relations médias de Philippe Couillard a ajouté qu’il allait bientôt modifier ses dates au registre pour rectifier le tir et qu’il n’avait rien à se rapprocher.    

« Je vais aller arranger ça lundi matin », a-t-il conclu.    

– Avec la collaboration d’Andrea Valeria  

Qui est Charles Robert ?        

  • Un stratège de longue date du Parti libéral du Québec (PLQ).    
  • Il a été directeur des relations avec les médias du premier ministre Philippe Couillard.     
  • Auparavant, il a été attaché de presse de la ministre du Travail, conseiller politique du ministre des Affaires municipales et attaché de presse de l’aile parlementaire du PLQ.    
  • Il est aujourd’hui v.-p. de la firme de Québec Lévesque stratégies et affaires publiques dirigée par l’ex-élu adéquiste, Christian Lévesque.     
  • Il conseille aussi Dominique Anglade dans sa course à la chefferie du PLQ.        

Les 5 mandats de Charles Robert    

1. ACCOMODATION CJMS  

Représentations auprès de la Société des alcools du Québec (SAQ) pour ouvrir un appel d’offres en vue de l’obtention d’une licence.         

  • Valeur du contrat : moins de 10 000 $        

2. ASSOCIATION HÔTELLERIE QUÉBEC  

Demande de réévaluation des frais d’hébergement de la Directive sur les frais remboursables.        

  • Valeur du contrat : moins de 10 000 $        

3. ASSOCIATION HÔTELLERIE QUÉBEC (AHQ) (MANDAT 2) 

Proposition de la création d’une loi sur la parité tarifaire en regard à la place prépondérante qu’occupent les agences de voyages en ligne.         

  • Valeur du contrat : de 10 000 $ à 50 000 $        

4. CEFRIO  

Démarches pour stabiliser son financement et que celui-ci devienne récurrent.        

  • Valeur du contrat : entre 50 000 $ et 100 000 $        

5. NUTANIX  

Démarches pour participer aux appels d’offres du gouvernement du Québec et être fournisseur officiel du gouvernement en matière de technologie de l’information.         

  • Valeur du contrat : entre 50 000 $ et 100 000 $        

Source : Registre des lobbyistes du Québec