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Le renseignement était une «passoire» à Longueuil

Un policier accusé voulait démontrer une énième faille de sécurité

Marc-Olivier Perron a été filmé avant d’accéder à des fichiers « très secrets » du Bureau d’analyse et de renseignement criminel, en mars 2016.
Photo courtoisie de la cour Marc-Olivier Perron a été filmé avant d’accéder à des fichiers « très secrets » du Bureau d’analyse et de renseignement criminel, en mars 2016.

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En copiant 2400 fichiers « très secrets », le policier de Longueuil accusé d’abus de confiance voulait démontrer une énième brèche de sécurité au bureau du renseignement criminel, qu’il a qualifié de « passoire ».

« Moi, je suis en mode collecte de données. C’est beau de trouver des failles de sécurité, mais il faut le démontrer également. Les façons dont j’ai procédé par le passé, ça n’a jamais soulevé d’alarme », a affirmé lundi Marc-Olivier Perron.

L’agent de 36 ans témoignait pour sa défense, à la troisième semaine de son procès devant jury, au palais de justice de Longueuil.

Abus de confiance

Perron est accusé d’abus de confiance et d’utilisation frauduleuse d’un ordinateur en lien avec des gestes posés en mars 2016.

La Couronne soutient que le policier travaillant au Bureau d’analyse et de renseignement criminel (BARC) a utilisé le poste de travail d’une supérieure pour accéder à des informations sensibles sans autorisation. Selon la poursuite, Perron aurait copié 2400 fichiers « très secrets » sur un support USB qui a été retrouvé chez lui lors de son arrestation.

Lorsqu’un officier du Service de police de l’agglomération de Longueuil s’est aperçu de cette manœuvre, il a craint que le tout soit vendu au crime organisé.

Lundi, l’accusé a confirmé avoir utilisé l’ordinateur et le mot de passe d’une sergente du BARC à une reprise, en mars 2016, mais sans aucune mauvaise intention.

Celle-ci avait noté son mot de passe — « Qwerty12 » composé de la première ligne du clavier — dans un cahier laissé sur son bureau.

« On met de l’avant des processus de sécurité, on a souvent des rappels. À ma connaissance, son calepin noir était toujours sur son poste de travail, il n’était jamais serré. J’avais déjà eu cette discussion-là avec elle », a soutenu Perron.

Lors de son témoignage la semaine dernière, la sergente responsable du module de contrôle des informateurs avait quant à elle affirmé au jury : « Autant que faire se peut, j’essayais de le serrer dans un tiroir à clé, mais il m’est arrivé de l’oublier ».

L’agent Perron a dit avoir procédé de « manière exploratoire » pour voir ce à quoi une personne malicieuse pourrait avoir accès et combien de temps cela prendrait pour copier l’ensemble des renseignements.

Le cahier où était noté le mot de passe de la sergente.
Capture d’écran courtoisie de la cour
Le cahier où était noté le mot de passe de la sergente.

Espionnage corporatif

Il a répété n’avoir agi de la sorte que pour démontrer une énième faille dans la sécurité du BARC, comme il l’avait déjà fait à plusieurs reprises, n’hésitant pas à qualifier les anciens locaux de « passoire ».

« C’était la seule manière de faire évoluer la sécurité des services. On avait beau le dire [qu’il y avait des brèches], ce n’était pas suffisant, malgré tout l’argent qu’on a investi et malgré toutes les normes non écrites qu’on a essayé d’établir », a spécifié Perron.

Par le passé, l’agent avait même produit un rapport intitulé « espionnage corporatif », à la demande du lieutenant-détective Martin Valiquette, prouvant qu’il était possible de pirater aisément le système informatique de la Ville de Longueuil.

Il avait également aidé ses patrons à déplacer une employée aux fréquentations douteuses après être entré dans l’ordinateur de celle-ci d’une façon qui n’était « pas légale », à son avis.

« Martin [Valiquette] m’avait dit : “Go, fais ce que tu as à faire” », a-t-il noté lundi.

Son témoignage se poursuit mardi.