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À l’assaut du pays du soleil levant

Steven Butler se battra dans un combat de Championnat du monde le 23 décembre au Japon

SPO -STEVEN BUTLER BOXER
Photo montage, Martin Alarie Steven Butler affiche un confiance inébranlable à l’approche de son combat contre Ryota Murata.

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Steven Butler n’a jamais eu peur d’un défi depuis qu’il a fait le saut chez les professionnels. Ce n’est donc pas de se battre dans un combat de Championnat du monde au Japon contre un médaillé
olympique qu’il va l’effrayer.  

Le Journal de Montréal est allé à la rencontre du boxeur québécois à quelques jours de son départ pour le pays du soleil levant. C’est un jeune homme confiant qui a répondu à nos questions.  

Au départ, le nom de Butler (28-1-1, 24 K.-O.) a été associé à celui du champion WBO des poids moyens Demetrius Andrade (28-0, 17 K.-O.) pour un combat. Toutefois, les propositions du clan de l’Américain n’étaient pas très alléchantes. C’est à ce moment que le clan du champion WBA Ryota Murata (15-2, 12 K.-O.) s’est invité à la danse. 

« C’était normal qu’on négocie avec Andrade parce que j’étais son aspirant obligatoire, raconte Butler lors d’une généreuse entrevue. Je sais que mon nom circulait un peu partout dans les cercles de la boxe.  

Murata m’a choisi pour l’affronter et c’est une grosse erreur de sa part. Ça me donne une motivation supplémentaire. Je le prends presque comme une insulte. » 

Pas dérangé 

Butler est toutefois réaliste. Il aura du pain sur la planche contre Murata. Le Japonais de 33 ans a remporté une médaille d’or aux Jeux olympiques de Londres en 2012. Il est droitier, mais parfois il est capable de se transformer en gaucher pour quelques secondes.  

Sur papier, Murata sera le grand favori. Le rôle de négligé ne dérange cependant pas Butler. Pas du tout.  

« Je ne vais pas là pour causer une surprise, mais pour gagner, mentionne le protégé d’Eye of the Tiger Management [EOTM]. C’est notre seul objectif. On est confiants. Ça sera une surprise pour plusieurs personnes, mais pas pour nous.  

« Tout ce qu’on veut, c’est d’aller chercher cette ceinture. » 

Selon le pugiliste de 24 ans, le Japonais a un style taillé sur mesure pour lui.  

« Il fonce et il aime prendre des coups à l’occasion, explique Butler. Il va peut-être prendre la chance de demeurer devant moi. Si ça arrive, je vais pouvoir placer mes coups en me donnant des angles.  

« Ça serait le scénario rêvé parce que je n’aurais pas besoin de courir après. Par contre, s’il nous montre quelque chose de différent, on sera prêts à faire des ajustements. Je vais avoir fait un camp de 10 semaines et je n’ai pas fait les coins ronds. » 

Le feu dans les yeux 

Butler rêvait à cette opportunité depuis le début de sa carrière pro. Il y pensait quotidiennement. Il en faisait presque une obsession.  

« Lors de la coupe de poids avant mon dernier combat [contre Paul Valenzuela Jr], j’ai dit à Jean-François [Bergeron, son entraîneur] que je retournerais rapidement dans le gymnase après ma soirée de travail.  

« Je voulais mettre les bouchées doubles même en sachant que Murata n’était pas dans le portrait. Pour moi, c’est un cadeau pour lequel j’ai travaillé. J’ai créé cette opportunité.  

« Beaucoup de boxeurs prennent ce type de combat pour la bourse. Nous, on s’en fout de l’argent. On a pris le combat parce que nous sommes confiants de l’emporter. Les gros montants viendront après. » 

Il n’y a pas de doute. Steven Butler s’en va au Japon pour brasser de grosses affaires.  

« Je ne m’en vais pas là-bas en touriste, affirme-t-il. Murata est leur grande star et je sais que les amateurs vont l’encourager de façon inconditionnelle.  

Lors de la conférence de presse pour officialiser le combat, il avait été respectueux à mon endroit. Par contre, j’ai hâte de voir s’ils vont l’être autant après le combat. » 

Des souvenirs de Valuev 

Durant son camp d’entraînement pour son duel contre Ryota Murata, Steven Butler a pu compter sur l’expérience de ses deux entraîneurs. Celle de Jean-François Bergeron pourrait avoir un impact important dans son combat du 23 décembre. 

À l’époque où il était boxeur chez les lourds, Bergeron a déjà vécu l’expérience de se battre à l’étranger dans un combat d’envergure. Ça s’était déroulé le
29 septembre 2007 contre le géant russe Nikolay Valuev en Allemagne. Est-ce qu’on peut tracer un parallèle entre ce choc et celui de Butler au Japon ? 

« Ça se compare surtout au niveau de l’intensité, explique celui qui est pompier dans la vie de tous les jours. À mon avis, le combat de Steven est encore plus gros.  

« Par contre, ça demeure la même chose dans le ring. Tu dois te concentrer sur ta stratégie et ton exécution. » 

Lors de son arrivée en Allemagne, Bergeron et son équipe avaient senti la fébrilité et la pression des amateurs à l’endroit de Valuev.  

« C’était gros pour lui, se rappelle le colosse. En même temps, j’avais pensé à Éric Lucas, qui l’avait vécu au
Québec et à Lucian qui commençait à le vivre. Ils étaient des machines.  

C’est plaisant de se battre à l’extérieur. Il y a moins de distractions et c’est plus facile d’être dans ta bulle. Dans le cas de Steven, ça sera très positif. Pour lui, ça aurait été difficile de faire le vide ici. » 

Guerre mentale 

Il sera intéressant de voir comment Butler va réagir avant et pendant le combat contre Murata. Pour se donner une vraie chance, il devra être en mesure de gagner la guerre mentale avec lui-même.  

« Il y a beaucoup d’aspects psychologiques de mon combat avec Valuev que je vais pouvoir transmettre à Steven, affirme Bergeron. Il sait que je suis passé par là et que ma porte est toujours ouverte.  

« C’est sûr qu’il y a aura un stress à gérer pour lui. Ça peut devenir pesant pour un athlète. Par contre, il doit être capable de se ramener sur la bonne voie si ça déraille un peu. » 

Pour Butler, ce sera son niveau d’agressivité qui sera à surveiller.  

« C’est bon d’en avoir si tu peux la canaliser, ajoute Bergeron. À ce niveau, ce sont tous des étalons de la boxe et du caractère. Ce n’est pas juste d’avoir de l’agressivité. Il faut savoir bien la doser. » 

« Le combat de ma vie » 

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Photo Martin Alarie

Lorsque Camille Estephan est arrivé avec la proposition d’un combat de Championnat du monde, les entraîneurs de Steven Butler savaient qu’ils auraient de la difficulté à refuser, et ce, même si leur protégé n’a que 24 ans.  

Au départ, Rénald Boisvert était un peu réticent. Il pensait que son poulain aurait encore besoin d’une ou deux années supplémentaires avant ce grand moment.  

Toutefois, il a rapidement changé son fusil d’épaule et il a mis tout en place afin que son protégé obtienne la meilleure préparation de sa carrière.  

« Certains boxeurs hésitent lorsqu’ils reçoivent ce type d’offres, mais pas Steven, explique Rénald Boisvert. Durant ce camp, il n’a jamais été autant motivé.  

Avec lui, plus le défi est grand, plus il repousse ses limites. Pour Murata, il a fait preuve d’une plus grande ouverture d’esprit et d’une plus grande écoute. C’est beau à voir. » 

Compétiteur né 

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Photo Martin Alarie

Depuis qu’il est haut comme trois pommes, Butler possède une attitude de compétiteur. C’était la même chose lorsqu’il jouait au hockey, selon son père Clint. 

« Steven était dans l’élite et il était bon, mentionne-t-il. Lorsque les tournois ou les gros matchs arrivaient, il élevait son jeu de plusieurs crans. Il était le meilleur sur la glace. Les autres parents me demandaient pourquoi il ne jouait pas comme cela en saison régulière. » 

Il y a un autre boxeur qui ressemble à Butler sur ce plan : Jean Pascal. Chaque fois qu’il a été dans les bottines du négligé au cours de sa carrière, il a été en mesure de livrer une performance inspirée dans les grands moments.  

Pas craintif 

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Photo Martin Alarie

Lorsqu’un boxeur québécois se bat à l’étranger, il craint toujours la possibilité de se faire voler une décision par un juge un peu trop chauvin. Mais pas Butler.  

« Tout a été négocié par mon gérant Camille Estephan et il y aura des juges de l’extérieur du Japon, souligne le boxeur. Les Japonais sont des gentlemen. D’ailleurs, Ryota Murata a déjà perdu une décision devant ses partisans contre Hassan N’Dam.  

Je n’ai pas besoin d’être rassuré à ce niveau. Je m’en vais là pour le knocker et je n’ai pas l’intention de me rendre à la décision des juges. C’est le combat de ma vie. »  

Butler et son entraîneur Jean-François Bergeron se dirigeront pour le Japon le 7 décembre. L’aspirant aura 16 jours pour s’habituer au décalage horaire et pour terminer son camp d’entraînement.