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Justin Trudeau et Donald Trump: c'est compliqué

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Depuis ce matin, on parle beaucoup de la vidéo «virale» dans laquelle nous entendons le premi er ministre Trudeau échanger de manière informelle en compagnie d’Emmanuel Macron, Boris Johnson et Mark Rutte.  

Entendre Justin Trudeau s’amuser de la conférence de presse improvisée de Donald Trump est en soi étonnant. Nous nous doutons bien que, derrière des portes closes ou lorsque les caméras arrêtent de tourner, bien des diplomates et des dirigeants laissent sortir la vapeur. Rarement un tel débordement se fait-il devant témoins. À l’évidence, le style Trump est inhabituel et surprenant. Que des dirigeants aussi différents que les quatre mentionnés plus haut s’en amusent ne devrait pas surprendre. 

 

Je ne pense pas me tromper en affirmant que l’entourage du premier ministre se serait passé de cette vidéo. Non seulement va-t-elle monopoliser l’attention lors de la reprise des travaux au Parlement, mais elle va soulever des questions bien légitimes sur les retombées potentielles de l’incident.    

On pourra toujours s'interroger sur le fait que les dirigeants impliqués semblaient ignorer la présence de la caméra de CBC, mais il faut souligner que, peu importe le contexte, cet échange devant de nombreux témoins était pour le moins maladroit.    

Ma première réaction, en regardant et écoutant la vidéo, fut de me dire que, pour une rare fois, on constatait de manière évidente le fossé qui sépare Donald Trump des autres alliés de l’OTAN. Après 70 ans, l’organisation s’interroge sur sa structure et sur ses objectifs. Le contexte actuel est bien différent de celui de la création de l’organisme, et les attaques répétées du président américain compliquent les choses.    

Je me suis ensuite dit que cette nouvelle controverse contribuerait à reporter des discussions sérieuses sur des dossiers chauds. Si Donald Trump insiste continuellement sur la contribution financière des alliés, les pays membres devraient réfléchir un peu plus à la stratégie de la Russie, ainsi qu’au rapprochement entre cette même Russie et la Turquie. Lorsque le président Macron secoue ses partenaires, c’est ce qu’il a en tête.    

Autre sujet d’importance qu’on reporte régulièrement: l’expansion de la Chine. Elle n’attendra sûrement pas une meilleure cohésion de l’OTAN ou de l’Union européenne, ou un réveil des États-Unis pour continuer son projet de nouvelles routes de la soie. La Chine étend son influence économique et la division des alliés traditionnels la sert bien.    

Ce n’est qu’après ces considérations globales que je me suis tourné vers les retombées potentielles de la vidéo sur les relations entre les États-Unis et le Canada. Nous savons que le président Trump ne se gêne jamais pour s’en prendre à des dirigeants ou à des opposants de manière personnelle, ne ménageant aucun effet. S’il passe régulièrement à l’offensive, nous avons aussi constaté qu’il a l’épiderme sensible lorsqu’il considère qu’on lui manque de respect ou qu’on se moque de lui.    

Le Canada risque-t-il de souffrir des retombées de la maladresse de M. Trudeau? Bien difficile de certifier qu’il n’y en aura pas. Si on observe les réactions des médias plus conservateurs comme Fox News, on ne se gêne pas pour critiquer les mots et l’attitude du premier ministre canadien. On présente le tout comme un sérieux manque de respect à l’égard de la présidence.    

Je crois cependant que ces retombées devraient être de courte durée. Pour l’instant, Donald Trump a besoin d’une victoire sur le nouvel accord de libre-échange et il espère un vote au Congrès avant la fin de l’année. Les démocrates se font tirer l’oreille, mais ce n’est pas impossible. Rejeter ce traité pour se venger de Justin Trudeau ne me semble pas particulièrement stratégique ou avisé, même pour un sanguin comme le président américain.    

Ce n’est pas la première fois que des dirigeants canadiens et américains n’ont pas d’atomes crochus, mais nos intérêts économiques en ont rarement souffert sur une longue période. À l’inverse, une proximité ou une «bromance» ne garantit en rien des résultats spectaculaires. Ce serait oublier que le Congrès pèse lourd dans la balance et que les États ont aussi leur mot à dire.

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