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Donald Trump en diplomate décomplexé, mais toujours en quête de succès

Donald Trump en diplomate décomplexé, mais toujours en quête de succès
Photo AFP

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Bousculer les alliés, pactiser avec l’ennemi et flatter sa base électorale: Donald Trump a imposé au monde sa conception toute personnelle des relations internationales, qui promet de faire de nouvelles étincelles alors qu’il reste en quête de succès à l’approche du scrutin présidentiel de 2020.

La crise syrienne est un cas d’école.

Le 27 octobre, le président des États-Unis annonçait ce qui restera probablement comme sa principale victoire sur la scène mondiale: la mort du chef du groupe jihadiste Etat islamique (EI) Abou Bakr al-Baghdadi lors d’une opération américaine en Syrie.

Sous l’ère Trump, «l’EI a perdu son territoire en Irak en Syrie», «c’est un résultat de très, très grande ampleur», souligne Nile Gardiner, expert à la fondation conservatrice Heritage, entonnant un refrain que ne manquera pas de reprendre le milliardaire républicain durant sa campagne électorale.

Mais la mort de l’homme le plus recherché de la planète est venue clore une séquence chaotique.

Donald Trump a réussi à mécontenter ses plus proches alliés, en Europe comme au Congrès américain, tout en affichant son entente avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, que nombre de démocraties trouvent de moins en moins fréquentable. En cause, le feu vert donné à une offensive d’Ankara dans le nord-est syrien contre les forces kurdes, pourtant partenaires des Occidentaux dans la lutte antijihadistes.

Au passage, il a renforcé la position du régime de Damas et de ses parrains russes, pourtant adversaires des Américains.

Et pour finir, après avoir annoncé avec fracas, pour la seconde fois en moins d’un an, le retrait total des forces américaines en Syrie, le président américain a dû faire volte-face -- au risque d’affaiblir sa propre crédibilité.

Crise «exceptionnelle»

«La crise de la relation avec les États-Unis est exceptionnelle, plus personne ne croit en quoi que ce soit», peste un haut responsable européen.

Les Français sont particulièrement furieux, comme l’ont montré les propos du président Emmanuel Macron sur l’Otan «en état de mort cérébrale» et les tensions avec son «ami» Donald Trump lors du sommet de l’Alliance atlantique début décembre au Royaume-Uni.

Pourtant, le président de la première puissance mondiale se verrait bien en faiseur de paix.

Mais ses initiatives diplomatiques parfois iconoclastes sont le plus souvent dans l’impasse.

Malgré sa promesse-phare de «mettre fin aux guerres sans fin», il a donc dû renoncer à retirer ses troupes de Syrie mais aussi d’Afghanistan, où il a stoppé puis relancé des négociations de paix avec les talibans.

Il a amorcé un rapprochement historique avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, mais depuis l’échec de leur deuxième sommet en février à Hanoï, les négociations sont au point mort.

Au Venezuela, l’offensive diplomatique et économique massive lancée début 2018 pour chasser le président socialiste Nicolas Maduro s’est enlisée.

Le plan de paix tant vanté pour mettre fin au conflit israélo-palestinien semble être relégué aux oubliettes, après la multiplication des prises de positions américaines de plus en plus favorables à Israël et de moins en moins conformes au consensus international.

«Prédire l’imprévisible»

Contre l’avis des faucons de son propre entourage, Donald Trump s’est aussi montré très ouvert à un dialogue avec les dirigeants iraniens, mais en vain. Et sa retenue militaire, après des attaques imputées à Téhéran dans le Golfe en juin et septembre, lui a valu des accusations de «faiblesse», lui qui a fait de «la paix par la force» sa doctrine diplomatique.

Quant aux offensives commerciales à coups de droits de douane, y compris contre des pays alliés, elles ont pour l’instant fragilisé l’économie mondiale sans qu’on puisse déclarer un vainqueur. Après avoir fait miroiter un «grand accord» avec la Chine, qui aurait été l’un des principaux trophées de son bilan, il semble maintenant vouloir en faire un thème de la campagne pour sa réélection, comme en 2016.

«J’aime bien l’idée d’attendre après l’élection pour l’accord avec la Chine», a glissé le 3 décembre Donald Trump, chantre de l’America First, ou «l’Amérique d’abord».

Car désormais, tout sera analysé à l’aune du scrutin de novembre 2020.

«Son seul problème, c’est d’être réélu», lâche un diplomate européen.

Jusqu’où ira-t-il, lui qui est déjà accusé par les démocrates d’avoir fait pression sur l’Ukraine pour obtenir un coup de pouce préélectoral?

Pour Brian Katulis, du Center for American Progress, un think tank proche de la gauche, «avec Trump, on peut prédire l’imprévisible». «C’est une présidence de téléréalité, même s’il n’obtient pas de succès majeurs, il dira l’inverse.»

Déjà, les faucons mettent la pression pour qu’il hausse le ton face à la Corée du Nord, qui a promis aux États-Unis un «cadeau de Noël» rempli de menaces, rappelant les tensions extrêmes du début de la présidence Trump.

Et avec l’Iran, «la fenêtre se referme», et «la capacité du président Trump à faire des concessions qui déplaisent à ses ministres et à sa base républicaine va diminuer à l’approche du vote», prévient un autre diplomate européen.

Les relations internationales risquent d’être suspendues au résultat du scrutin, même si pour Nile Gardiner, fervent soutien du président républicain, «ce serait une erreur pour les dirigeants étrangers de miser sur le fait qu’il ne sera plus là dans un an».

Quoi qu’il en soit, le magnat de l’immobilier converti à la politique aura l’occasion de secouer encore une fois l’élite mondiale en accueillant à Camp David le prochain sommet des grandes puissances du G7. Ou du G8? Donald Trump n’a pas fait mystère de son envie d’inviter le président russe Vladimir Poutine, au risque de susciter un nouveau tollé.