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Les faits pèsent lourd contre Donald Trump

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Le rapport d’enquête du comité du renseignement de la Chambre des représentants est clair : le président Trump a commis des actes passibles de destitution.

La preuve publiée mardi par la commission d’enquête sur les agissements du président Trump dans l’affaire ukrainienne tient en 300 pages, mais on peut la résumer en suivant les en-têtes du rapport.

« Le président a demandé une faveur politique. » C’est évident dans la conversation du 25 juillet entre Donald Trump et le président ukrainien Zelensky. Trump a admis publiquement qu’il souhaitait une enquête sur les Biden. Cette demande illégale constituait un abus de pouvoir.

« Le président congédie l’ambassadrice en Ukraine » sous de faux prétextes, puis il « confie le dossier ukrainien à Rudy Giuliani ». Pour que son plan fonctionne, Trump devait placer ses hommes de confiance à Kiev.

« Les agents du président ont exécuté le plan. » Les tractations irrégulières de Rudy Giuliani et des « trois amigos » ont alarmé de nombreux témoins.

L’aide à l’ukraine

« Le président a gelé une aide militaire vitale. » Le rapport démontre que la retenue de l’aide à l’Ukraine était perçue comme irrégulière, voire illégale, par plusieurs officiers gouvernementaux.

« Le président a lié une rencontre à la Maison-Blanche à des enquêtes sur Biden. » Le président ukrainien tenait absolument à cette visite officielle pour consolider sa relation avec Washington, mais Trump insistait : pas d’enquête sur Biden, pas de visite.

« Le président et ses représentants ont fait pression sur Zelensky. » À la suite de l’appel du 25 juillet, les Ukrainiens ont cherché à accommoder Trump en proposant des plans de lutte anticorruption, mais Trump n’en démordait pas. Zelensky devait annoncer une enquête sur le fils de Biden et légitimer une théorie bidon sur une intervention ukrainienne dans la campagne de 2016.

« La retenue de l’assistance américaine devient publique » et « le plan du président tombe ». Selon les républicains, Trump est innocent, car l’aide a été livrée. Ce dénouement n’a toutefois été rendu possible que par l’ébruitement public de l’affaire.

« Le chef de cabinet du président a confirmé que l’aide était conditionnelle à l’annonce d’une enquête. » S’il avait témoigné, c’est probablement ce qu’aurait été forcé d’admettre le bras droit de Trump.

Peur d’une vengeance

Les faits sont clairs. Trump a commis des actes de corruption et d’abus de pouvoir que la commission des affaires judiciaires n’aura aucun mal à présenter comme passibles de destitution. Le rapport établit aussi clairement que le président a entravé la justice et le travail du Congrès en refusant systématiquement de collaborer aux enquêtes.

Donald Trump qualifie ses actions de « parfaites ». Si ses défenseurs ne vont pas tous jusque-là, leur appui indéfectible équivaut à endosser la vision constitutionnelle saugrenue d’un président qui a déjà déclaré que l’Article II de la Constitution lui permet littéralement de faire tout ce qu’il veut.

Le principe fondateur de la Constitution selon lequel nul n’est au-dessus des lois survivra-t-il à ce processus où le parti républicain est piégé par une espèce de culte de la personnalité ? Comme les sénateurs républicains n’auront probablement pas le courage de sanctionner celui dont ils craignent la vengeance, il reviendra sans doute aux électeurs de répondre à cette question dont dépend l’avenir de la démocratie américaine.