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Chiens dangereux: elle veut plus de formation pour les employés de centres animaliers

Pascale Girard
Photo Chantal Poirier Pascale Girard

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Une femme qui travaillait dans un centre animalier de Beloeil où elle a été attaquée par un chien au tempérament agressif dénonce le manque de formation du personnel afin de faire face à ces animaux dangereux.  

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« On n’est pas assez formé et équipé pour faire face aux chiens dangereux », reproche Pascale Girard qui travaillait aux Services animaliers de la Vallée-du-Richelieu quand elle s’est fait mordre sauvagement.    

Le 25 octobre dernier alors qu’elle effectuait des tâches dans la cour extérieure de son lieu de travail, un chien d’un peu plus de 70 livres qui avait déjà mordu dans le passé a failli lui arracher le bras. Elle porte toujours les marques profondes de crocs du molosse. (voir autre texte)   

« Je pensais que j’allais crever », affirme celle qui est patrouilleuse pour cet organisme à but non lucratif.   

La femme de 44 ans qui travaille dans le domaine animalier depuis trois décennies déplore que le gouvernement Legault n’ait pas imposé une formation obligatoire pour les employés qui travaillent dans les établissements animaliers dans sa nouvelle mouture du règlement sur les chiens dangereux qui a été dévoilée mercredi.   

« On devrait avoir une formation sur le comportement des animaux qui nous permettrait de mieux les comprendre », tranche Mme Girard.   

 

Pascale Girard
Courtoisie

 

Oui aux formations obligatoires  

Certains de ces établissements, dont la plupart sont des organismes sans but lucratif (OSBL), offrent des formations de leur plein gré à leurs employés, mais aucune loi ne les oblige à le faire et elles ne sont pas normalisées.    

Les formations varient de quelques heures à quelques semaines selon les établissements interrogés par Le Journal et portent généralement sur les tâches quotidiennes que doit effectuer l’employé. S’ils ont affaire à des chiens dangereux, c’est généralement l’expert en comportement canin qui s’en occupera puisque ce dernier a une formation pour y faire face.    

Des Sociétés protectrices des animaux (SPA) du Québec ainsi que des refuges animaliers joints par Le Journal verraient d’un bon œil une formation obligatoire chapeautée par une organisation de l’extérieur.   

« Il faudrait, au moins, avoir une formation de base en comportement canin, reconnaît la codirectrice de l’Auberge Zen Refuge à Laval, Marianne Therrien. Ce serait super d’avoir une formation obligatoire et ça permettrait aux employés d’appliquer les mêmes règles. »    

Cette dernière pointe du doigt la nouvelle réglementation qui ne mise pas suffisamment sur l’éducation et la prévention face aux chiens dangereux étant donné que la plupart des employés qui travaillent dans ces établissements n’ont pas de diplôme animalier à l’exception des vétérinaires.   

« S’il y avait une formation offerte pour la sécurité et la santé des employés, on serait intéressés », confirme quant à lui le président de la SPA de Québec, Félix Tremblay.   

Le propriétaire des Fidèles moustachus, à Québec, Samuel Côté, serait en faveur que le gouvernement oblige les établissements du genre à recevoir de la formation obligatoire, mais « aurait peur de remettre cette formation entre les mains du gouvernement », qu’il ne juge pas qualifié pour s’occuper de cet épineux dossier.    

Par courriel, l’attaché de presse du ministère de l’Agriculture des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) a fait savoir que c’était à « l’employeur de prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé et assurer la sécurité et l’intégrité physique du travailleur » en respectant la loi sur la santé et la sécurité du travail.   

 

Pascale Girard
Photo Chantal Poirier

Mauvais côté  

La présidente de la SPA Beauce-Etchemin, Brigit Hamel, croit toutefois qu’une formation imposée ferait augmenter le salaire des employés et pourrait entraîner la fermeture de certains établissements.   

« S’ils sont mieux formés, alors il faudra les payer davantage et ce ne sont pas tous les établissements qui peuvent se le permettre », précise-t-elle.   

« En offrant plus aux employés, on aura moins d’argent pour sauver les animaux », a conclu le propriétaire du Refuge le Château de Sherbrooke, en Estrie, Martin Provost.    

  

« Je ne suis plus la même »   

  

Pascale Girard
Photo Chantal Poirier

 

Un peu plus d’un mois après avoir été attaquée sur son lieu de travail par un chien agressif, la femme de 44 ans vit avec de graves séquelles et ne sait pas si elle pourra retourner travailler dans son domaine un jour.  

« Je fais des cauchemars et des fois, lorsque je suis réveillée, je me vois en train de me battre avec ce chien », confie avec émotion Pascale Girard.   

La patrouilleuse aux Services animaliers de la Vallée-du-Richelieu s’est fait croquer le haut du bras alors qu’un chien a échappé à la surveillance d’une collègue.   

Elle a eu besoin d’une dizaine de points de suture et n’est toujours pas retournée travailler depuis cet événement en raison des douleurs qu’elle ressent toujours et des séquelles psychologiques dont elle souffre.   

« Je ne suis plus la même depuis que c’est arrivé. Avant, j’aimais les chiens et maintenant j’en ai peur », ajoute celle qui détient une attestation d’études professionnelles en soins animaliers depuis 2008.   

Rancune envers le proprio  

Le chien qui a attaqué Mme Girard est un Berger allemand croisé avec une autre race que son ancien propriétaire ne pouvait identifier. Ce dernier avait signé un contrat d’abandon dont Le Journal a obtenu copie.   

On peut y lire que le propriétaire était venu porter l’animal quelques semaines avant l’accident et que la bête qu’il avait déjà mordu à deux reprises.    

« Il nous a laissé une grenade entre les mains, mais sans la goupille. Il aurait dû demander l’euthanasie de son animal », dit-elle à propos de la bête de plus de 70 livres.   

Mme Girard voudrait que les propriétaires de chiens qui pèsent plus de 40 livres détiennent un permis en plus de suivre des formations afin de comprendre le langage comportemental de leur animal.   

« Ça leur permettrait de détecter le langage de leur chien qui pourrait être agressif », conclut-elle.