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Une générale avant Montréal

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Photo AFP La Finale des Grands Prix à Turin réunit l’élite internationale du patinage artistique (comme la Russe Alina Zagitova) pour la dernière fois avant les championnats mondiaux à Montréal.

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TURIN | L’Italie abonde en scènes mythiques, mais elle doit parfois servir de tribune plus modeste pour des générales. Cette saison, c’est Montréal qui offrira la salle la plus prisée sur la planète du patinage artistique. 

Turin et son Palavela, un amphithéâtre de quelque 10 000 sièges qui a pris quelques rides depuis les Jeux olympiques de 2006, donnent jusqu’à aujourd’hui la dernière occasion à l’élite internationale de se mesurer dans un même concours en prévision des championnats mondiaux au Centre Bell, du 16 au 22 mars prochain. 

La Finale des Grands Prix, avec les meilleurs élèves au cumulatif de six compétitions disputées depuis le mois d’octobre, ne revêt pas le même prestige que les mondiaux. Mais l’atmosphère nous donne un aperçu du spectacle attendu dans la grosse boîte du Canadien avec ce sport qui réunit la puissance, l’agilité, la grâce, et qui dispose, avouons-le, d’un vaste rayon de cosmétiques. 

« J’ai hâte de voir ça. Avant même que Montréal n’obtienne les championnats, ça faisait des années que j’allais voir des spectacles ou des matches au Centre Bell et je me disais : à quoi ça ressemblerait une grande compétition de patinage artistique ici ? Pourquoi ne pas le faire ? », évoque l’entraîneur montréalais Patrice Lauzon, venu à Turin avec notamment les champions du monde en danse, Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron. 

Une réputation grâce à... Québec 

L’attribution de cet événement à Montréal a été annoncée en septembre 2017, un choix unanime parmi les huit candidatures soumises à l’International Skating Union (ISU). Le maire Régis Labeaume sera heureux d’entendre que c’est un peu grâce à la qualité d’organisation que Québec avait livrée dans le vétuste Colisée, lors de la Finale des Grands Prix en 2011, que Montréal a obtenu la bénédiction de la fédération internationale. 

Benoît Lavoie, qui siège au conseil d’administration de l’ISU depuis 2016, peut en témoigner. 

« On a su aller chercher l’aspect de l’hospitalité, la partie qui a fait en sorte que les gens se souviennent du Québec et de l’atmosphère. À Québec, c’était au mois de décembre et ça avait été magique. Les gens en parlent encore », relate ce résident de cette ville, qui agit comme observateur sur l’organisation montréalaise.  

« Il y a beaucoup d’attente envers le comité organisateur, mais il y a aussi beaucoup de confiance qui lui a été donnée. Je suis allé aux derniers championnats, à Tokyo, et leur sens de l’organisation est parfait, mais tous les gens nous disaient que c’est l’hospitalité du Canada qu’on a hâte de voir. Au Japon, je ne dirais pas que c’est plus froid, mais c’est plus mécanique, et la culture est différente. Au Québec, c’est plus convivial et ça repose beaucoup sur le bénévolat, ce qui fait vivre notre sport au Canada. C’est l’image qu’on souhaite refléter avec Montréal », expose Lavoie. 

Plus grande diversité 

Dans ce qui se passe sur la glace, on peut à peine comparer Turin à ce qu’on verra à Montréal. Avec 39 Russes sur les 72 patineurs réunis dans les quatre disciplines au total des catégories junior et sénior, c’est une crème concentrée qu’on nous sert dans la capitale du Piémont. 

Aux mondiaux, plus de 160 patineurs d’une cinquantaine de pays devraient être représentés. 

« Montréal ne sera pas différente des autres villes parce que, peu importe où, les championnats du monde sont le plus gros événement de la saison. Par contre, cette saison est l’une des plus difficiles pour prédire qui deviendra champion dans certaines épreuves », nous disait vendredi Alexander Lakernic, vice-président du comité de patinage artistique à l’ISU. 

On retiendra son opinion. L’Américain Nathan Chen, qui s’est donné jeudi une avance de 13 points sur Yuzuru Hanyu lors du programme court, a laissé le message qu’il entendait lui ravir le titre mondial pour la deuxième année de suite. Catastrophe potentielle en vue... 


Championnats mondiaux de patinage artistique 

  • Centre Bell, du 16 au 22 mars 2020 
  • Budget d’organisation : 15 M$ 
  • 11e présentation au Canada 
  • 2e présentation à Montréal (aussi en 1932) 
  • Dernière année au Canada : 2013 à London 
  • Retombées projetées : 36 M$ à Montréal, 42 M$ au Canada 

Source : International Skating Union, Patinage Canada 

Le Centre Bell, pas un souci 

Benoît Lavoie entrevoit une foule majoritairement québécoise au Centre Bell. « On n’a pas d’inquiétudes sur la ville ni sur l’endroit. L’inquiétude, c’est de s’assurer de pouvoir encore livrer à un standard supérieur. »
Photo alain Bergeron.
Benoît Lavoie entrevoit une foule majoritairement québécoise au Centre Bell. « On n’a pas d’inquiétudes sur la ville ni sur l’endroit. L’inquiétude, c’est de s’assurer de pouvoir encore livrer à un standard supérieur. »

Le Centre Bell semble intimider beaucoup plus les patineurs qui s’y produiront que les organisateurs des championnats du monde de patinage artistique. 

Une fois les espaces condamnés pour les tribunes des juges, caméras de télévision et autres, la capacité totale de l’amphithéâtre sera abaissée à 13 500 sièges, mais avec « une capacité plus réaliste » de 11 000 à remplir, selon la directrice générale de Patinage Canada (PC), Debra Armstrong, qui dit s’inspirer des foules recensées dans les récents championnats. 

Or, la vente des dernières semaines a incité jeudi dernier le comité organisateur à lancer sur le marché les sièges du niveau 300. 

« Nous avons vendu assez de billets dans les sections inférieures qui nous permettent d’ouvrir la section 300. Les prix seront plus bas et s’adresseront aux familles pour les inciter à assister à l’événement », nous a expliqué vendredi la dirigeante de la fédération nationale, présente à Turin. 

Mystère aux guichets 

Évoquant la prudence, aucune des personnes associées à l’événement montréalais ne veut s’avancer sur le nombre de billets vendus jusqu’à maintenant. 

« Je ne peux pas vous dire le nombre de billets, mais je peux dire que la vente se déroule très bien. Pour les journées clés du vendredi et du samedi, qui seront les deux plus grosses journées, nous avons vendu 75 % en moyenne de nos billets », affirme Debra Armstrong, qui juge que le Centre Bell représente un site adéquat en formule patinage artistique. 

Autre approche à London 

Patinage Canada avait convenu de vendre moins de billets, mais à des coûts plus élevés à London en 2013, lors des derniers championnats présentés au pays. La capacité de l’aréna avait alors été portée à 7000 spectateurs. 

« On avait été “sold out”. Je ne voulais pas avoir la préoccupation de vendre des billets. Quand on avait tout vendu, on avait su avec quel budget opérer », rappelle Benoît Lavoie, qui occupait à cette période la présidence de PC. 

« Mais j’avais toujours rêvé qu’on fasse ces championnats dans un vrai amphithéâtre comme le Centre Bell, et qu’on puisse pousser au maximum la capacité. Je suis content parce que la vente des billets va bien », souligne-t-il. 

Une 2e patinoire à Maurice-Richard ? 

« On a de beaux projets que les championnats mondiaux pourraient nous aider à faire avancer », affirme Any-Claude Dion, directrice générale de Patinage Québec. 

Parmi ceux-ci, la construction d’une nouvelle patinoire annexée à l’aréna Maurice-Richard ou à proximité de l’Institut national du sport du Québec (INSQ) se trouve dans les cartons de la Ville de Montréal. Cette surface permettrait d’y regrouper les élites canadienne et québécoise en patinage artistique, actuellement dispersées à différents endroits sur le grand territoire de Montréal, faute d’un centre d’entraînement permanent. 

L’atmosphère « joie de vivre » 

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TWITTER Sake Canada / patinage C

La présidente du conseil d’administration de Patinage Canada, Leanna Caron, et la directrice générale, Debra Armstrong, ont insisté dans deux occasions différentes, vendredi, sur l’atmosphère « joie de vivre » qui guidera le comité organisateur des championnats. 

« Nous tenterons de rallier diverses populations. Il y aura 50 pays représentés aux championnats ce qui signifie une grande diversité », affirme Debra Armstrong. 

Québec l’a échappé en 2013 

Ce que s’apprête à vivre Montréal, Québec aurait pu y toucher sept ans plus tôt. Patinage Canada avait préféré la candidature de London à celle de Québec pour les championnats de 2013. Le choix s’était arrêté peu après les Jeux olympiques de Vancouver de 2010. 

« Le Centre Vidéotron n’était pas encore construit et le vieux Colisée laissait à désirer. Il était logique pour nous d’aller à London », rappelle Benoît Lavoie, président de la fédération à cette époque.