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Tuerie antiféministe de Polytechnique: il y a 30 ans aujourd’hui, l’horreur frappait Montréal

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Même après trois décennies, la tuerie antiféministe de Polytechnique reste si marquante qu’elle est impossible à oublier, ni pour les proches des victimes ni pour le Québec en tant que société.  

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« Il y a un avant et un après Polytechnique », dit Catherine Bergeron. Cette coupure, elle l’a vécue dans sa vie, quand sa sœur Geneviève est tombée sous les balles de Marc Lépine, le 6 décembre 1989.      

  

Le Québec l’a vécue « collectivement », dit celle qui est présidente du Comité Mémoire.       

Elle fait partie des participants aux commémorations qui se tiendront aujourd’hui pour perpétuer la mémoire des disparues. Les célébrations s’annoncent « grandioses », selon les organisateurs.  

ÉCOUTEZ l'entrevue de Françoise David, ancienne présidente de la Fédération des femmes de 1994 à 2001, sur QUB radio:

La « fin de l’illusion »   

Il y a 30 ans jour pour jour, le Québec ouvrait les yeux sur ce qui demeure la tuerie la plus meurtrière de son histoire récente : 14 femmes abattues de sang-froid dans une université, parce qu’elles étaient des femmes. C’était avant que les fusillades dans des écoles aux États-Unis fassent régulièrement les manchettes.       

« Polytechnique, c’est la fin de l’illusion », résume Francine Descarries, professeure à l’UQAM.    

« Avant, on avait un peu cette idée magique que les luttes féministes [du passé] avaient suffi », abonde la professeure Mélissa Blais.       

Depuis, beaucoup de choses ont changé. La tragédie a ouvert le débat sur le contrôle des armes à feu au pays. Dans les salles d’urgence, des protocoles ont été mis sur pied pour faire face à l’affût de blessés lors de tels drames.       

« Polytechnique nous a réveillés », dit le Dr Marc Afilalo.       

Du travail à faire  

En revanche, des femmes sont encore violentées chaque jour, rappellent les chercheuses.       

Avec l’avènement des réseaux sociaux, des groupes d’hommes alimentent aujourd’hui leur haine des femmes.       

« Marc Lépine est encore vu comme un martyre dans certains milieux », dit la chercheuse Véronique Pronovost, qui s’intéresse notamment à l’antiféminisme.       

Certes, le nombre d’homicides est en forte baisse depuis les années 90. Et les hommes sont les principales victimes de meurtres, nuance Maurice Cusson, professeur émérite de criminologie à l’Université de Montréal.       

Reste que chaque année autour du 6 décembre, des militantes féministes reçoivent des menaces de mort, indique Mélissa Blais.       

« Il y a des organismes [pour femmes] qui maintiennent leurs portes fermées en tout temps, ce qui était impensable dans les années 80 », illustre-t-elle.       

   

  • Jacques Duchesneau, chargé de projet du Comité Mémoire, était à l’émission Dutrizac sur QUB radio:    

  

  

«Boucler la boucle» après des décennies de deuil       

«Ça m’a pris une vingtaine d’années avant d’être capable de retenir le positif», dit la sœur d’une victime de Polytechnique, illustrant la complexité du deuil quand un crime violent emporte un proche.  

Le deuil de Catherine Bergeron est d’autant plus complexe qu’elle a par la suite perdu son fils : Clément Ouimet, le cycliste de 18 ans happé sur le Mont-Royal en 2017.  

Catherine Bergeron à l’Assemblée nationale, hier. 
Photo Simon Clark
Catherine Bergeron à l’Assemblée nationale, hier. 

Catherine Bergeron avait 19 ans le soir où sa famille s’est réunie autour du téléviseur, le 6 décembre 1989. Sa sœur Geneviève, 21 ans, manquait toujours à l’appel.       

«Quand ils ont annoncé que c’était 14 femmes [les victimes], c’est le moment où c’est devenu clair pour moi. Ça a cogné fort [...] Comme un plancher qui s’écroule.»       

Elle se souvient avoir été en «dissociation» dans les jours suivants le drame, agissant comme une «automate».       

La perte de sa sœur a orienté son choix professionnel. Elle a voulu étudier en droit pour se mettre au «défi», comme sa sœur l’avait fait en optant pour le génie, un domaine exigeant, raconte-t-elle.       

Puis, quand ses enfants son venus au monde, des plaies se sont rouvertes, dit-elle. Elle a alors réalisé que ses propres parents avaient sans doute souffert de la mort de sa sœur encore plus profondément que ce qu’elle avait cru.       

Nouvelle montagne  

Grâce à la solidarité qu’elles occasionnent, les commémorations du 6 décembre ont toujours été un moment de «réconfort» pour elle.       

Il lui aura fallu deux décennies pour arriver à «boucler la boucle», résume-t-elle.       

Elle retient aujourd’hui la gentillesse de sa sœur. Les bons moments passés avec elle à jouer de leurs instruments de musique, mentionne-t-elle.       

Puis, quand la mort de son fils est survenue, elle a d’abord cru qu’elle serait incapable d’affronter cette nouvelle «montagne» de deuil.       

«Je ne sais pas encore ce que je vais faire. J’ai toujours ce besoin-là de m’impliquer», dit-elle, notamment parce qu’elle sait le bien que peut procurer le fait d’être «dans l’action».       

Cette année sera toutefois sa dernière en tant que présidente du Comité Mémoire afin de laisser la place à d’autres et de se consacrer au deuil de son fils, conclut-elle.