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Deux frères en quête spirituelle

Réservoir
Photo courtoisie Jean-Simon Leduc et Maxime Dumontier dans le film Réservoir.

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En posant sa caméra sur deux frères qui affrontent ensemble le deuil de leur père, la réalisatrice Kim St-Pierre a voulu montrer à l’écran les hommes de sa génération qui sortent de plus en plus de leurs coquilles pour exprimer leurs émotions.

Drame intimiste tourné avec un micro budget (250 000 $), le film Réservoir suit donc la quête de Simon (Jean-Simon Leduc) et Jonathan (Maxime Dumontier), deux frères aux antipodes, qui entreprennent un voyage sur le bateau-maison de leur père, qui vient de mourir subitement. Ce périple qui vise d’abord à retrouver le chalet familial caché dans un énorme réservoir les incitera à se rapprocher et à se confier sur leurs problèmes personnels. 

« Avec ce film, on avait le désir de parler des hommes qu’on côtoie autour de nous, qui ont été ébranlés par le mouvement #MeToo et qui ont commencé à faire de l’introspection, à se montrer vulnérables et à cesser de jouer aux infaillibles », explique en entrevue la réalisatrice Kim St-Pierre, qui coécrit ce premier long métrage avec la scénariste Isabelle Pruneau-Brunet.

« On voulait projeter ce qu’on voit et qu’on trouve intéressant dans notre génération autour de nous ; cette espèce de chamboulement émotif où tout le monde se permet, tous sexes confondus, de se montrer vulnérable et de grandir à travers chaque épreuve plutôt que de vouloir à tout prix cacher ses failles. Je sens qu’il y a une révolution sociale qui s’opère à ce niveau-là depuis quelques années. Les hommes au Québec ont pendant longtemps caché leurs émotions. C’est de moins en moins le cas. »

Vivre son deuil

Réservoir aborde évidemment le thème du deuil, mais le film pose aussi des questions sur l’industrie de la mort. Les deux personnages principaux ne comprennent pas pourquoi la mort de leur père devrait être soulignée avec une cérémonie religieuse alors qu’il n’était pas croyant. Ils décideront plutôt d’aller disperser ses cendres dans le Réservoir Gouin, en Mauricie.

« C’est sûr que la mort et le deuil sont des thèmes qui ont souvent été abordés dans le cinéma québécois. Mais on se disait qu’on ne l’avait pas souvent vu abordé à travers des personnages qui n’ont pas de repères spirituels », souligne Kim St-Pierre. 

« Je comprends pourquoi la religion a été rejetée en bloc au Québec, mais en deux générations, tout a disparu, ajoute-t-elle. Il n’y a plus de repères, plus d’éducation spirituelle. Ce qui fait qu’on ne sait plus trop aujourd’hui comment naviguer à travers certains rituels. Il y a deux ou trois générations, on pleurait les morts pendant une semaine dans notre domicile et il y avait de l’espace pour vivre le deuil. Là, il n’y en a plus et il faut vite passer à une autre étape parce que la mort est une industrie où on nous oblige à tout régler en trois jours. Les gens sont bousculés par la rapidité avec laquelle il faut prendre des décisions après la mort d’un proche. On a voulu mettre en scène des gens qui sont dans l’inconfort avec cela, mais sans faire le procès de cette industrie-là. »

Réservoir a pris l’affiche hier à Montréal, Québec et Sherbrooke.