/opinion/columnists
Navigation

La fin de l’innocence

Coup d'oeil sur cet article

On se croyait protégés.

Les fusillades de masse ? Les bains de sang ? Les déversements de haine ?

Pour les autres.

Nous, on est au Québec. L’une des sociétés les plus pacifiques au monde, les plus douces, les plus progressistes.

Ça n’arrivera jamais ici.

Nous sommes si gentils.

Même nos révolutions sont tranquilles, pour dire.

SOUS UNE CLOCHE DE VERRE

On pensait qu’on vivait dans une bulle, sous une cloche de verre.

Que le souffle des tragédies qui embrasent régulièrement le monde n’arriverait jamais jusqu’à nous.

Et puis c’est arrivé. En plein mois de décembre.

Au début, on ne le croyait pas. Quoi ? Une fusillade dans une école ?

Même les policiers n’étaient pas préparés.

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

C’est comme si le sang des 14 victimes avait giclé sur tout le Québec.

Sur le blanc immaculé et le bleu azur de notre drapeau.

Le 6 décembre 1989, les Québécois ont perdu leur innocence.

Nous nous sommes soudainement rendu compte que notre société était capable du meilleur comme du pire.

Comme toutes les sociétés du monde.

Que nous n’étions pas spéciaux.

Que nous avions, nous aussi, nos monstres, nos anges du mal.

Nos parts d’ombre.

TUER L’AUTRE

Depuis, il y a eu Concordia. Dawson. Le Métropolis. Saint-Jean-sur-Richelieu. La grande mosquée de Québec.

Autant de tragédies qui nous rappellent que la haine existe aussi chez nous.

On a beau être gentils, souriants, affables et être connus mondialement pour notre bonhomie (certains diraient : notre « bonasserie ») et notre légendaire « joie de vivre », nous vivons sur Terre au XXIe siècle.

Ce qui se passe ailleurs peut se passer ici.

Je regardais les reportages sur la tuerie, hier. Trente ans plus tard, ça fait toujours aussi mal.

Comme si la plaie ne s’était pas encore refermée.

En décembre 1989, un homme est allé dans une université pour tuer des femmes.

En septembre 2012, un homme est allé dans une salle de spectacle pour tuer des indépendantistes.

Et en janvier 2017, un homme est allé dans une mosquée pour tuer des musulmans.

La même haine. Le même fanatisme.

La même détestation de l’autre.

Je te tue pour ton sexe. Je te tue pour tes opinions politiques. Je te tue pour ta religion.

UN ATTENTAT ANTIFÉMINISTE

Cela a pris du temps, beaucoup trop de temps, mais enfin, on le dit, on met des mots sur ce qui s’est passé.

La tuerie de Polytechnique n’était pas un fait divers, mais un attentat terroriste.

Un homme a tué 14 femmes pour faire peur à toutes les femmes.

Pour terroriser toutes les filles.

Pour leur dire qu’elles n’avaient pas leur place dans une école de génie.

Trente ans plus tard, les hommes qui attaquent violemment les femmes d’opinion dans les médias sociaux disent exactement la même chose.

Parle moins, baise plus.

Ce ne sont pas tes idées qui nous intéressent, c’est ton sexe.

Si tu ouvres la bouche si grande, c’est que ton vagin est fermé. Rempli de sable.

À sec.

C’est la même violence.

La même haine.

La même volonté de mettre les femmes à leur place.

Et cette violence est inacceptable, quelles que soient les opinions politiques des femmes qui reçoivent de telles menaces.

Disparue, la misogynie ?

Non.

Thérapie de couple