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L’intimidateur intimidé

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Vue d’ici, la vidéo de Justin Trudeau se moquant de Donald Trump avec d’autres chefs de gouvernement prend l’allure d’une maladresse plus ou moins triviale qui pourrait nuire à nos relations avec les États-Unis. Là-bas, l’anecdote a aussi fait jaser. Aspirant à la nomination démocrate, Joe Biden a diffusé une publicité montrant Trump comme un leader qui fait rire à l’étranger. 

Ados populaires 

Les scripteurs de Saturday Night Live ont aussi été inspirés. Dans le traditionnel cold open qui lance chaque édition, on reprend les codes de la comédie scolaire adolescente. Dans la cafétéria de l’OTAN, Justin Trudeau et Emmanuel Macron sont des ados populaires qui tentent de convaincre leur ami un peu balourd, Boris Johnson, d’organiser à l’insu de la reine une fête à Buckingham Palace. Donald Trump arrive et veut s’asseoir sur la chaise encore libre, mais les garçons se moquent de lui et prétendent avoir gardé la place pour Angela Merkel. Melania Trump apparaît finalement en reprenant son discours contre l’intimidation. L’ensemble est très drôle.

Il y a de ça, dans l’anecdote impliquant Trump et Trudeau. Le bully qui s’en prend souvent aux autres avec méchanceté et qui pleurniche quand un vis-à-vis fait une blague assez inoffensive sur sa propension à tenir de longs points de presse. 

Élites branchées

L’événement, pour banal qu’il soit, risque néanmoins de nourrir chez les Américains qui aiment Trump un sentiment très important dans son succès: soit cette impression de ne pas être invités à la table des élites branchées dont font partie tant les leaders sophistiqués comme Trudeau et Macron que les comédiens à la mode de SNL.

Dès lors, l’intimidateur, se croyant l’intimidé, sera encore plus convaincu de son bien-fondé la prochaine fois où l’envie lui viendra de s’en prendre à quelqu’un. En somme, se moquer de Donald Trump, c’est un peu une façon de lui rendre service.