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Donald Trump n'est pas Hitler

Donald Trump n'est pas Hitler
AFP

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J’ai lu avec grande attention le texte du collègue Normand Lester ce matin.   

En s’appuyant sur les ouvrages de deux auteurs, il étoffe la démonstration du danger que représente le comportement de Donald Trump et la complicité aveugle des républicains jusqu’à maintenant. J’ai moi-même affirmé à de nombreuses reprises que cette présidence constitue un bon test pour la constitution américaine, pour la séparation des pouvoirs et pour l’État de droit. Inspiré par le texte de mon voisin de la section des blogues, je vous propose ici quelques réflexions supplémentaires.        

Depuis l’annonce de sa candidature, Donald Trump applique parfaitement le petit guide du leader populiste en jouant avec les émotions, la colère surtout, il tend à opposer le peuple aux élites politique, économique et sociale. En poussant la réflexion un peu, on pourrait trouver dans ses manières des relents de fascisme, en ce sens qu’il associe nationalisme et populisme. Encore un peu et on pourrait penser qu’il demande à ce qu’on le suive aveuglément comme des adeptes d’une secte, le fascisme étant souvent présenté comme une démission de l’esprit.        

Le jeu des comparaisons s’arrête cependant à ce que je viens d’énoncer. Si on avance parfois à tort que l’histoire se répète, on ne peut jamais réunir parfaitement les mêmes conditions. S’il est permis de tracer des parallèles et de rappeler des dérapages, les États-Unis de 2019 ne se comparent pas à l’Allemagne qui se relève de l’humiliation de la Première Guerre.        

Non seulement l’Allemagne subit l’affront d’un traité qui la considère comme seule responsable du conflit, mais elle devra composer avec la crise économique. La crise de civilisation qui frappe alors presque tout l’Occident, doublée de l’humiliation de la fin de la guerre, conduira l’Italie et l’Allemagne vers des régimes autoritaires fascistes. L’Allemagne de l’époque est-elle profondément attachée à la République de Weimar, premier régime démocratique de son histoire? Non, les institutions démocratiques seront plutôt associées à la défaite et à l’opprobre.        

Aux États-Unis, Donald Trump compte sur des appuis de Blancs de la classe moyenne ou d’une classe défavorisée, les deux étant concentrées dans les zones rurales et elles sont inquiètes des changements démographiques. Cette nostalgie d’une Amérique majoritairement blanche est associée à la frustration bien réelle d’être de plus en plus délaissé au profit des zones urbaines. Cette colère bien compréhensible qui favorise le rejet de certaines élites et l’adhésion au discours d’un homme qui promet un retour à la grandeur passée ne se compare cependant pas au désarroi de la classe moyenne et du milieu ouvrier dans l’Allemagne hitlérienne.        

La polarisation est claire aux États-Unis en 2019, mais rien ne justifie à mon avis de craindre la montée d’un nouvel Hitler. Donald Trump peut vociférer et éveiller les instincts les moins nobles de certains de ses concitoyens, il ne parvient pas à dépasser les 45% de taux d’approbation. Contrairement à l’Allemagne des années 1930, l’opposition est particulièrement forte et vigoureuse. De plus, la situation économique actuelle ne favorise pas un abandon total.         

Non seulement le jeu démocratique continue, mais depuis trois ans les contrepoids imaginés par les Pères fondateurs réagissent comme on s’y attend. Des tribunaux bloquent régulièrement les initiatives de l’exécutif et les démocrates peuvent mener une procédure de destitution comme bon leur semble. Des enquêtes ont été déclenchées et d’autres sont toujours en cours. Des partisans du président sont derrière les barreaux. Même les républicains ont pu refuser des mesures du président qu’ils jugeaient insensées.        

Je n’aime pas la façon de gouverner de Donald Trump et j’ai déploré à maintes reprises ses attaques contre les diplomates, les fonctionnaires, les services de renseignement, les juges ou les experts qui osent émettre des critiques. Je n’apprécie pas plus ses appels à la violence dans certains de ses rassemblements ou son refus de les dénoncer. En s’opposant à tous les alliés traditionnels, il sape le leadership mondial de son pays.        

Malgré mes réserves et mes doutes, je crois que les Américains sont profondément attachés à leurs institutions et que pour l’instant, nos voisins peuvent aisément faire le choix de chasser ce président en 2020 de manière démocratique. S’ils sont sages, ils tireront des leçons des failles constitutionnelles qu’exploite Donald Trump et préciseront les limites du pouvoir présidentiel. Il n’y aura pas de nouvel Hitler parce que les États-Unis ne sont pas l’Allemagne de l’après-Première Guerre.        

Si la fiction d'un pays fasciste au sud de notre frontière vous intéresse ou vous fascine, je vous suggère une lecture ou une relecture d’un roman de Philip Roth publié en 2004.         

Le livre imagine des États-Unis des années 1940 après une victoire de l’aviateur Charles Lindbergh contre Franklin Delano Roosevelt. Lindbergh, à qui on a déjà reproché des sympathies nazies, signe alors un pacte de non-agression avec Hitler et on assiste à une montée de l’antisémitisme aux États-Unis. Un classique toujours pertinent, mais qui donne froid dans le dos.