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Rire de tout?

Mike Ward
Photo d'archives, Chantal Poirier Mike Ward

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Mike Ward a tout raflé au gala Les Olivier.

Parallèlement, il souhaite porter la cause l’opposant à Jérémy Gabriel devant la Cour suprême, après son revers devant le Tribunal des droits de la personne.

Il y a évidemment un lien entre ce litige et son triomphe de dimanche.

En le couvrant d’honneurs, le milieu de l’humour prend position en faveur de la conception la plus large de l’humour.

Confusion

Ward résume ainsi sa position :

« En humour, on a le droit de rire de tout. La seule chose qui devrait compter, c’est le contexte et l’intention. (...) La joke n’a rien à voir. Je n’ai rien contre Jérémy Gabriel. »

On peut être d’accord ou pas avec Ward, mais il est frappant de voir à quel point sa position est mal comprise.

Parmi les anti-Ward, l’argument essentiel, massif, presque unique, consiste à dire qu’il est dégueulasse, cheap, facile de rire d’un enfant handicapé. 

Je comprends cet argument et je le partage.

Si un de mes enfants avait un handicap, je ne voudrais pas qu’un humoriste fasse de l’argent en s’acharnant sur lui.

Si cet humoriste invoquait son « courage », je lui dirais : « Ah oui ? Montre-nous ton vrai courage en faisant des blagues costaudes sur les musulmans, on verra après. »

Le problème est que cet argument n’épuise pas le débat.

Dans cette affaire, il y a un dialogue de sourds parce que les deux camps sont sur deux longueurs d’onde différentes.

D’un côté, vous avez ceux qui disent : il est dégueulasse de rire d’un enfant. 

C’est une position morale... qu’on est libre ou non de partager.

De l’autre côté, vous avez ceux qui disent : trouvez cela dégueulasse si vous voulez, mais n’enlevez pas à un humoriste le droit de le faire.

C’est une position légale... qu’on est libre ou non de partager.

Or, la morale et le droit sont des catégories intellectuelles et sociologiques distinctes. 

Ces catégories sont certes reliées par des passerelles, parce que le droit contient une part de morale, mais elles ne sont pas assimilables. 

Les uns disent : on ne doit pas parce que c’est méchant.

Les autres disent : j’ai le droit d’être méchant, et qui êtes-vous pour décider à ma place ?

Au fond, c’est un affrontement entre « doit-on ? » et « peut-on ? ».

On peut trouver la pornographie immorale et dégradante. Doit-on l’interdire pour autant ?

Pente

La question fondamentale est : peut-on faire des blagues sur tout ?

Si je dis oui, vous allez m’objecter : alors pourquoi condamne-t-on Dieudonné pour ses blagues sur les juifs ?

Ward donnait la réponse plus haut : « La seule chose qui devrait compter, c’est le contexte et l’intention ».

L’intention de Dieudonné, me semble-t-il, est d’attiser la haine contre toute une collectivité.

À mon avis, on ne devrait pas rire d’un enfant handicapé, mais interdire à un humoriste de le faire nous entraîne sur une pente glissante.

Qui d’autre vous traînera ensuite en cour parce que vous lui avez fait de la peine ?