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Le coup de grâce aux hebdos

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Il arrive que les gouvernements défassent de la main gauche ce qu’ils sont en train de faire de la main droite. C’est précisément ce qui risque de se produire dans le dossier de l’information locale. 

Québec et Ottawa ont aussi annoncé une série de mesures d’aide financière pour sauver les médias et le journalisme. Le gouvernement du Québec fait des contorsions pour sauver les six journaux du Groupe Capitales Médias. Pendant ce temps, la Ville de Montréal prépare la mise à mort des hebdos locaux en éliminant le Publisac. 

Disons-le, le Publisac divise ! Pour certains, il est une source précieuse d’informations. Pour d’autres, il constitue un déchet dès sa livraison. Or, qu’on l’aime ou non, le sac de circulaires est devenu le véhicule de distribution de la grande majorité des journaux locaux. 

Cent trente hebdos arrivent aux lecteurs dans le Publisac. Ces petits médias écrits vivent déjà une grande fragilité. Les revenus publicitaires ont fondu et dans la crise des médias, ils représentent l’un des maillons vulnérables. On imagine mal comment la plupart d’entre eux pourraient se remettre de la perte de ce moyen économique de distribution. 

Cause environnementale 

Les opposants au Publisac ont eu une bataille facile sur le terrain montréalais. Le thème de l’environnement mobilise naturellement. Le petit tas de papier enveloppé dans un sac de plastique est rapidement devenu un ennemi à abattre. Une pétition à succès, puis des démarches à l’hôtel de ville auprès d’une administration qui carbure aux idées vertes, et le Publisac était crucifié. 

  • Écoutez l'entrevue avec François Olivier, président et chef de la direction de TC Transcontinental

En apparence, la solution préconisée par la commission sur l’environnement de la Ville est fort raisonnable. On inverse l’autocollant. Ceux qui veulent un Publisac apposent un signe et tous les autres n’en reçoivent pas, par règlement. Dans les faits, on comprendra que cela consiste à tuer le modèle d’affaires du Publisac. 

Partout au Québec 

Il va sans dire que Montréal amorcerait un mouvement. Si la métropole maintient le cap, la tendance sera forte pour interdire la distribution universelle du Publisac dans l’ensemble du Québec. C’est d’ailleurs le but avoué des instigateurs de la pétition. 

Cette semaine, un mouvement de défense du Publisac s’est fait entendre. En plus de l’entreprise intéressée, des syndicats sont venus parler des 4500 emplois en jeu. Les élus du Saguenay–Lac-Saint-Jean ont déploré l’effet sur l’industrie du papier. Tous ont vanté le caractère recyclable à 100 % du contenant comme du contenu. 

De tous les arguments, le carnage dans l’information locale constitue sans doute un questionnement encore plus important. Quelles sont les solutions ? Notre société a passé les derniers mois à se gargariser de l’importance de l’information. Les gouvernements à Québec comme à Ottawa cherchent des mesures miracles pour la soutenir. 

L’information locale a été défendue avec justesse par la Fédération québécoise des municipalités. Eux connaissent l’utilité d’un organe d’information à l’échelle de la communauté. Les élus de l’Assemblée nationale ont préféré se tenir loin du débat jusqu’à maintenant. Désormais, ils devront s’en mêler.