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Prendre le coup

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J’ai célébré mon 10e gala Les Olivier dimanche dernier. Je me souviens très bien de la première fois que j’y suis allé. J’étais alors étudiant à l’École nationale de l’humour. Motivé, fringuant, impressionné de voir autant d’humoristes qu’il n’y a pas si longtemps je ne pouvais voir qu’à la télé. 

Je ne dis pas que maintenant je suis blasé ou que ce genre d’événement n’éveille plus rien en moi, simplement, après 10 ans, il y a bien de l’eau qui a passé sous le pont. 

J’ai vécu des succès et des échecs. J’ai été épaulé, transporté et même trahi. J’ai compris que malgré son côté très doré, il y a aussi une facette moins glamour à ce merveilleux métier. 

Si j’ai retenu quelque chose de la plus récente cérémonie de l’humour québécois, ce ne sont pas les scandales, les sujets tabous ou même les prix en tant que tels. Non, ce que je retiens, c’est le dévouement et le courage.  

J’ai vu plusieurs de mes collègues monter sur scène pour illustrer un point et même tenter de passer un message. Et je ne parle pas d’un message très personnel qui n’inclut que la personne qui le porte, non, je parle véritablement d’une tentative d’éveillement. 

Je pense entre autres à mes amies Mélanie Ghanimé et Silvy Tourigny qui n’ont pas hésité à enlever une partie de leur vêtement pour souligner que l’égalité des sexes est loin d’être acquise dans le milieu de l’humour. Que quelque chose peut être drôle si c’est fait par un gars, mais que ça devient déplacé ou vulgaire si c’est fait par une fille. En faisant ça, elles savaient qu’elles allaient attirer l’attention et pas seulement de personnes bienveillantes. Mais elles ont accepté d’être celles qui allaient manger la première claque pour le bien de la cause.  

Même chose pour Mike Ward qui est venu quatre fois plutôt qu’une sur scène pour accepter un prix. Toujours avec aplomb et gratitude, il a tenté encore une fois de passer un message. D’expliquer pourquoi il continue son combat pour la liberté d’expression, alors que bien d’autres auraient abandonné pour beaucoup moins.  

Je ne veux pas recommencer le débat sur l’affaire Ward/Gabriel, je veux simplement dire que dimanche j’ai eu une raison de plus d’aimer mon métier, mon art, ma vie. Parce que j’ai vu des collègues accepter de prendre des coups pour faire avancer des causes qui nous concernent tous. Parce que le courage c’est bien plus que de simplement faire quelque chose qui met au défi nos peurs et nos doutes. C’est surtout de monter dans l’arène pour commencer un combat dont on ne sait pas quand il finira!