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La boxe et l’anglais

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Les prouesses des combattants au gala de boxe de samedi dernier au Centre Bell m’ont impressionné, notamment celles de Kim Clavel et de David Lemieux. Ma soirée m’a malheureusement confirmé, jusqu’à la caricature, l’anglicisation mentale du monde du sport !

Tout d’abord, l’événement était organisé par un groupe québécois appelé Eye of the Tiger Management. Toutes les annonces étaient « bâlingues ». Il va de soi que la musique était anglo-saxonne (sauf pour un morceau d’Aznavour en fin de soirée pour faire un clin d’œil aux origines arméniennes du promoteur Camille Estephan).

« Cold beer! Cold! beer! » criait en anglais un vendeur avec son accent québécois à des spectateurs eux-mêmes francophones.

Speak white

Debout dans la foule près de l’arène après une fin de combat spectaculaire, je me fais dire par un colosse de la sécurité : « Get back to your seat! » Ma réaction : « Heille! On est au Québec, ici ! » Il m’a regardé comme si j’étais un moins que rien.

Qui eût cru qu’après des promoteurs comme Régis Lévesque, Roger Martel et Henri Spitzer pour relancer la fierté québécoise de la boxe, la soumission linguistique reviendrait en force ? Lorsqu’un Eddie Melo, originaire d’Ontario, se battait chez nous, il était Eddie « L’Ouragan ». Aujourd’hui, il serait Hurricane.

Herculéen

Kim Clavel arborait l’écusson Team Clavel. Le mot « équipe » n’existe apparemment plus dans le vocabulaire sportif. « C’est parce qu’on fait parfois des combats en Ontario et aux États-Unis », m’a expliqué un membre de son entourage. Comme quoi nos boxeurs savent se battre dans l’arène. Mais dès qu’il est question du français, ils baissent les bras et lancent la serviette.

Pour le ministre Simon Jolin-Barrette, chargé de redonner de la prestance à notre langue en péril, le travail à faire au sein du monde du sport s’annonce herculéen.