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Les «goons»

Après 1 an au pouvoir, on croyait que la sensibilité du gouvernement allait se développer, se réveiller, mais non.

Les «goons»
Simon Clark/Agence QMI

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S’il est une chose que la dernière session parlementaire aura prouvée, c’est bien que le gouvernement de la CAQ se comporte comme un goon. Après 1 an au pouvoir, on croyait que la sensibilité du gouvernement allait se développer, se réveiller, mais non.  

C’est peut-être trop en demander d’un gouvernement élu avec une si forte majorité. D’ailleurs, leur excuse universelle, c’est que «c’est ce les Québécois voulaient» quand ils les ont élus.  

Les sans-cœur  

Pendant la session d’automne, les bévues du gouvernement ont malheureusement trop souvent été soulignées par le manque d’empathie des élus en cause.  

Rappelons simplement les commentaires dégradants de la ministre Guilbault envers ses anciens employés.   

Rappelons aussi le manque de considération du ministre Jolin-Barrette envers les étudiants touchés par sa proposition de réforme du Programme d’expérience québécoise.  

Et rappelons l’aberration proposée par le ministre Boulet qui créait sans la moindre gêne plusieurs c atégories de parents dans sa réforme du Régime québécois d’assurance parentale.  

Je n’irai pas jusqu’à parler d’un manque d’humanité, mais il y avait certainement dans tous ces dossiers un réel manque de réflexion. À trop vouloir en faire, le gouvernement de la CAQ bouscule tous ceux qui se trouvent sur son chemin.  

Les brutes  

Mais l’attitude matamore du gouvernement ne peut pas uniquement reposer sur certains députés.  

C’est aussi dans le style du gouvernement de François Legault de bardasser et de n’en faire qu’à sa tête.  

3 bâillons en 6 mois, ce n’est pas anodin.   

Est-ce que la CAQ est le seul parti à avoir recours au bâillon? Certainement pas. Tous les autres partis ont utilisé la procédure, recevant chaque fois de vives critiques des oppositions.  

Cependant, quand le premier ministre profite de l’occasion pour donner sa définition de la démocratie, c’est une autre paire de manches.   

«C’est combien de temps, la démocratie?», demandait François Legault. «1 000 heu res? 2 000 heures? Moi, je pense qu’après 100 heures, les gens autour de la table ont dit ce qu’ils avaient à dire. Après 100 heures, il est temps qu’on passe au vote.»   

Voilà, tenez-vous le pour dit, François Legault considère qu’après 100 heures, la démocratie, ça suffit! Exactement la réaction d’un p’tit «goon» de cour d’école.  

Pire encore, le premier ministre a annoncé qu’il se foutait éperdument des tribunaux.    

À propos de la contestation judiciaire de la loi 21, le François Legault disait ceci : «On va laisser le juridique rendre son jugement et, après, on va prendre les moyens qui sont nécessaires pour que la loi 21 soit appliquée.» N’est-ce pas là la preuve que le premier ministre ne reculera devant rien pour avoir ce qu’il désire?   

Quel manque de respect envers nos tribunaux! Les critiques envers la juge en chef Nicole Duval Hesler n’ont rien à voir avec le plan Legault pour appliquer sa loi à tout prix. On aurait dû s’y attendre, la CAQ n’en est pas à son premier dossier dans lequel elle veut imposer sa vision à tout prix. Pourtant, c’est tellement gros qu’on arrive difficilement à croire qu’il était sérieux. Un premier ministre qui remet en cause la pertinence même des tribunaux...  

Au diable les empêcheurs de tourner en rond  

Lever le nez sur les experts et museler les contre-pouvoirs, c’est devenu la norme au gouvernement. On l’a fait dès l’élection, en dictant presque entièrement les conclusions du bureau de projet sur le 3e lien. Faites des études si vous voulez, tant que votre conclusion c’est que le 3e lien se fera à l’est et que ce sera un tunnel. Pas de stress pour l’environnement, ça va bien aller!   

Même chose avec le projet de loi 34 sur les tarifs d’hydroélectricité. La Régie de l’énergie? À quoi ça sert, ça? On peut fixer les tarifs d’électricité nous-mêmes! Comme le disait si bien Passe-Montagne, «moi, je connais ça l’étriclècité!»    

Comme pour souligner la fin de la session parlementaire, le ministre Pierre Dufour offre aux médias une perle supplémentaire, un triste cadeau de Noël.    

Pris à contrepied par la critique au sujet de la protection de l’habitat du caribou forestier, le brillant ministre s’en est pris à un chercheur spécialisé en la matière.  

«C’est facile d’être assis dans sa tour d’ivoire à l’université de Rimouski et de dire : "Voici comment ça fonctionne"», a lancé le ministre, comme si les chercheurs n’avaient aucune connaissance réelle des sujets qu’ils étudient pendant des années et des années.  

Si cette réflexion ne démontrait pas suffisamment bien l’étroitesse d’esprit du ministre, il a ajouté plus tard: «La forêt, c’est une manière d’exploiter économiquement quelque chose qui repousse. Mais c’est sûr que ça peut avoir un effet sur le caribou, on ne se le cachera pas. Un moment donné, on va se dire les vraies affaires aussi.»   

Eh bien, voyez-vous, monsieur le ministre, les caribous morts, ça ne repousse pas. C’est ça, les vraies affaires, comme vous dites.  

Mais bon, faut pas trop en demander aux «goons».