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Boris Johnson veut faire le Brexit et rassembler le pays

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Élu massivement sur sa promesse de réaliser le Brexit le 31 janvier, le premier ministre conservateur Boris Johnson a lancé, vendredi, un vibrant appel au rassemblement, dans un Royaume-Uni meurtri par ses divisions sur la sortie de l’Union européenne.  

«J’appelle tout le monde à tourner la page et à commencer à panser les blessures», après plus de trois ans de déchirements depuis le référendum de 2016 qui a décidé le Brexit, a déclaré Boris Johnson dans une courte allocution devant le 10, Downing Street.  

Il a tendu la main aux «europhiles» et à ceux qui n’ont pas voté pour lui, insistant sur sa volonté de se concentrer désormais sur les priorités comme la santé, la sécurité, l’éducation et les infrastructures.  

Les conservateurs ont remporté, jeudi, une majorité d’une ampleur inédite depuis Margaret Thatcher en 1987, raflant 365 sièges (+48) sur 650 selon les résultats définitifs, grâce à la prise de circonscriptions ouvrières acquises depuis des décennies aux travaillistes, mais favorables au leave.  

La participation s’est élevée à 67,23%, en légère baisse par rapport au scrutin de 2017.  

Selon Boris Johnson, sa victoire résulte de la «décision irréfutable, irrésistible et incontestable» des Britanniques, lassés de plusieurs années de psychodrame, de tourner la page de l’UE après 47 ans d’un mariage houleux.  

Il a été reçu au palais de Buckingham par la reine Elizabeth II, qui l’a chargé officiellement de former un nouveau gouvernement. 

«Un concurrent»  

Principale formation d’opposition, le Parti travailliste s’effondre à 203 sièges (contre 262 auparavant), son pire score depuis 1935, plaçant son très à gauche chef de file Jeremy Corbyn, humilié, sur un siège éjectable. 

Interrogé sur sa succession, il a répondu sur Sky News que le comité exécutif du Labour se réunirait au «début de l’année prochaine» pour en discuter. 

Le septuagénaire paie sa position ambiguë sur la sortie de l’UE - prônant un nouveau référendum sans lui-même prendre position - et son manque présumé de fermeté face à l’antisémitisme au sein de sa formation. 

«J’ai voté travailliste toute ma vie. C’est le Brexit qui m’a fait changer d’avis parce que j’en ai vraiment marre», a expliqué à l’AFP Colin Spottswood, commerçant de 65 ans à Blyth, un bastion travailliste depuis près de 70 ans, tombé aux mains des conservateurs.  

Dans l’immédiat, le Brexit ne changera rien, pendant la période de transition jusqu’à fin 2020 prévue par l’accord de divorce conclu par Boris Johnson avec Bruxelles afin d’éviter une rupture brutale, chaotique pour l’économie.   

Mais une nouvelle phase périlleuse s’annonce pour les mois, voire les années à venir: celle des complexes négociations sur la future relation avec le bloc européen, principal partenaire commercial des Britanniques. Elles sont censées aboutir avant la fin 2020 - un calendrier jugé «très ambitieux» par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.  

«Nous aurons un concurrent à notre porte», a prévenu la chancelière allemande Angela Merkel. Ce concurrent ne doit pas être «déloyal», a enchaîné le président français Emmanuel Macron.  

Pas question donc de conclure ces discussions à n’importe quel prix: les résultats doivent être «équilibrés», a averti le président du Conseil européen Charles Michel. 

Fidèle soutien, le président américain Donald Trump s’est voulu plus alléchant en promettant «un énorme nouvel accord commercial (...) potentiellement beaucoup plus gros et plus lucratif que n’importe quel accord qui pourrait être conclu avec l’Union européenne». 

Indépendance écossaise? 

L’appel de Boris Johnson à l’unité n’a pas trouvé d’écho auprès des nationalistes écossais du SNP, dont le renforcement, à 48 sièges contre 35, alimente les velléités d’indépendance. 

Ce succès «renforce le mandat» pour un nouveau référendum sur l’avenir de l’Écosse, opposée au Brexit, après celui perdu en 2014, a déclaré la première ministre écossaise Nicola Sturgeon.   

Pourtant, rien n’est gagné pour la cheffe du SNP, Boris Johnson ayant réitéré, vendredi soir, son opposition à un second référendum, lors de leur premier entretien téléphonique depuis sa réélection.  

En Irlande du Nord, les unionistes du DUP, dont leur chef de groupe à Westminster Nigel Dodds, éliminé, cèdent du terrain face aux nationalistes favorables à une réunification de l’île d’Irlande, posant là aussi la question d’un éclatement du Royaume.  

Boris Johnson déclinera son programme législatif lors du traditionnel discours de la reine jeudi, après la rentée parlementaire. Il entend présenter avant Noël aux députés l’accord de divorce négocié avec Bruxelles, jusqu’ici recalé faute de majorité, pour une adoption avant le 31 janvier. 

«Je suis ravi parce que le Brexit durait depuis trop longtemps et (...) nous devons passer à autre chose», a commenté David Lawrence, 56 ans, qui travaille dans la construction à Londres, résumant un sentiment très largement partagé par les électeurs. 

Pour les libéraux-démocrates, qui voulaient stopper le Brexit, c’est la douche froide: non seulement ils perdent un siège, à 11 députés, mais leur cheffe Jo Swinson n’est pas réélue, signant la débandade du camp des partisans d’un maintien du pays dans l’UE.