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L’épiphanie tardive d’Andrew Scheer

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Pour le Parti conservateur du Canada (PCC), la démission-surprise d’Andrew Scheer est une excellente nouvelle. Même son choix de demeurer chef jusqu’à la fin de la course à sa succession n’a pas empêché les conservateurs de s’en réjouir ouvertement.

D’où que soit venue son épiphanie tardive, son départ était devenu inévitable. Face à un gouvernement minoritaire dont la longévité est nécessairement limitée, le temps courait pour les conservateurs. D’où les lourdes pressions à l’interne pour qu’il démissionne tout au moins avant Noël.

Car étrangement, malgré sa campagne électorale désastreuse et les appels publics à sa démission fusant de ses propres troupes, M. Scheer s’accrochait bec et ongles. Il jurait pouvoir séduire son parti au vote de confiance prévu en avril prochain. Un tel déni du réel échappait à l’entendement.

Soulagées

Soulagées par son départ, les langues conservatrices se déliaient hier encore plus aisément. Elles dressent déjà à l’unisson la liste des caractéristiques essentielles à leur prochaine ou prochain chef. Parfaitement bilingue. Capable de comprendre non seulement les aspirations de l’Alberta, mais celles du Québec et de l’Ontario qui leur ont échappé. Déterminé à défendre des valeurs sociales plus « progressistes » sur l’avortement et les communautés LGBTQ. Prêt à agir dans le dossier des changements climatiques.

Bref, les conservateurs recherchent l’antithèse parfaite d’Andrew Scheer. Pour l’aile dite progressiste-conservatrice du parti, c’est une occasion en or. Tassée par l’aile d’une droite plus radicale de l’Ouest canadien depuis leur fusion en 2003 au sein du nouveau PCC, elle pourrait reprendre du galon en présentant des candidats plus centristes.

La donne change

Des noms circulent en effet depuis des semaines, dont ceux de Rona Ambrose, Peter MacKay et Bernard Lord. Pour le très suffisant et ambitieux Jason Kenney, l’annonce de M. Scheer arrive toutefois trop tôt. Premier ministre de l’Alberta depuis moins d’un an, faire le saut trop vite au fédéral serait fort mal reçu.

Les défis du PCC sont réels. Il doit élargir à nouveau ses appuis bien au-delà de l’Alberta et de la Saskatchewan. Pour ce faire, de nombreux conservateurs savent qu’ils devront tourner le dos aux positions ultraconservatrices d’Andrew Scheer et son obsession du pétrole albertain.

Pour Justin Trudeau, la démission de son principal adversaire est une moins bonne nouvelle. Fini l’espoir de voir le PCC virer en foire d’empoigne pour les prochains mois sous un chef déchu s’entêtant à ne pas partir. L’annonce de M. Scheer change la donne.

Le gouvernement Trudeau est déjà fragilisé par le simple fait de ne pas être majoritaire. S’il devait aussi se retrouver en 2020 face à une chef conservatrice ou un chef conservateur plus centriste – donc, plus « vendable » au Canada dit central –, le PCC pourrait redevenir compétitif.

S’il rêve d’un troisième mandat, Justin Trudeau n’a plus le choix. Il devra se distinguer encore plus dans le coin dit « progressiste » de l’arène. Particulièrement dans le dossier climatique. Après avoir refusé de nommer Steven Guilbeault à l’Environnement pour ne pas offusquer les intérêts pétroliers albertains, il devra choisir plus clairement son camp.