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Photo Simon Clark Le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, et la présidente de la Fédération des médecins spécialistes, Diane Francœur.

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Est-ce que quelqu’un dans la salle a compris comment le gouvernement Legault allait réduire la rémunération des médecins spécialistes ? Sûrement pas. La CAQ avait gonflé les attentes, mais a accouché d’un schème incertain dont il faut croire au résultat possible en 2023.

En mars 2018, en point de presse, François Legault avait déclaré ceci : « Évidemment, la première chose qu’un gouvernement caquiste va faire, c’est de renégocier l’entente avec les médecins spécialistes. On parle d’un montant important, 1 milliard $ par année de trop, qui est versé aux médecins spécialistes. Philippe Couillard a fait le choix de mettre ce milliard dans les poches des médecins. À la CAQ, on veut mettre cet argent-là dans les poches des familles québécoises. »

Il répétait même : « Le gros changement qu’on verra, c’est qu’on aura 1 milliard de moins dans les salaires des médecins. » Il faut se le rappeler. C’était ça le discours. Cet argent qu’il irait chercher dans les poches des médecins « avec du courage » servirait à financer des engagements de la CAQ comme l’uniformisation à la baisse des taxes scolaires.

50 nuances de gris

Depuis, il a adopté différentes postures. Un peu comme 50 nuances de gris, mais l’érotisme en moins.

Il n’a pas mis ce milliard de revenus anticipés dans le cadre financier du parti en campagne électorale. Puis a cessé d’utiliser le mot « milliard » en optant plutôt pour la formule de « réduction de la rémunération à 9 pour cent sous la moyenne canadienne ».

Inévitablement, ça passe serré dans le gosier lorsqu’on entend le chef caquiste dire « J’honore à 100 % ma promesse ».

Lorsque la « perspective d’entente » a été conclue il y a un mois, la présidente de la Fédération des médecins spécialistes Diane Francœur s’est présentée triomphante devant ses membres, en affirmant « C’est la plus belle journée de mon mandat », comme portée sur un bouclier gaulois, les médecins lui ouvrant le chemin en lançant des pétales de rose.

« On est où on voulait être : dans la moyenne canadienne, pas en haut, et certainement pas en bas », a-t-elle déclaré.

Furax, l’entourage de François Legault faisait circuler que le négociateur Christian Dubé avait tout de même réussi à faire cracher 500 millions $ par année aux toubibs.

La conférence de presse de mercredi aurait dû permettre de tirer des conclusions claires. Mais non. Parce que le texte de l’entente ne sera dévoilé que la semaine prochaine. Et que l’étude de l’Institut canadien d’information sur la santé, sur laquelle se base l’entente, ne sera rendue publique qu’en 2020 !

M. Dubé n’a pas répété que la baisse de 9 pour cent par rapport à la moyenne canadienne serait atteinte. Et Diane Francœur, à ses côtés, ne pouvait réprimer un sourire espiègle.

Pas de leurs poches

Sur le fond, les tarifs des médecins spécialistes ne sont pas diminués. On compte donc sur l’abandon d’actes jugés non pertinents, notamment, pour réduire l’enveloppe de rémunération, graduellement, et atteindre une économie de 560 millions $... en 2023.

Si l’économie provient d’une baisse d’actes médicaux, c’est que les médecins ne recevront pas moins d’argent pour le travail effectué.

On veut bien croire à la bonne foi du président du Conseil du trésor, mais tout semblait orchestré pour noyer le poisson. Une conférence de presse complexe, sans document, donnée après la fin des travaux parlementaires, juste avant le départ pour les Fêtes. 

J’ai signalé à M. Dubé que les citoyens ne pouvaient y voir clair.

« Je m’en excuse », a-t-il rapidement consenti. Mais il a fait le choix de tenir la conférence de presse, même si les données n’étaient pas disponibles, pour fournir des explications, après que les médecins avaient entériné l’entente.

Il admet que, comme il n’y a pas de baisse de tarif, un radiologue pourrait remplacer des examens non pertinents par d’autres et conserver le même salaire.

« Mais la première chose que j’ai accomplie alors, c’est baisser ma liste d’attente », qui est aussi un objectif.

Il maintient qu’en 2023, l’État sauvera 560 millions $. Mais assurément, ce ne sera pas 1 milliard $ pris dans les poches des médecins. 

Ça, on l’a compris.