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Chez Archambault, coin Berri et Sainte-Catherine

1961

Chez Archambault, coin Berri et Sainte-Catherine
Photo Archives de la Ville de Montréal, Yvon Bellemare, Magasin Archambault, coin Sainte-Catherine et Berri en 1961. VM94-A0019-003.

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Photo Pierre-Paul Poulin
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Un point de convergence

Par une nuit d’hiver, cette voiture Buick Special 1957 roule à vive allure sur la rue Sainte-Catherine à la hauteur de Berri. Cette intersection connue par tous les Montréalais a bien changé depuis cent ans. Ce n’est que dans les années 1930 que le tracé de la rue Berri est finalisé de la rue Sainte-Catherine à la rue Ontario. Au nord de la rue De Montigny (De Maisonneuve), c’est la présence de l’imposante école de réforme qui bloque la voie. L’édifice accueille depuis 1873 les Frères de la Charité de l’Institut Saint-Antoine, qui ont pour mission de rééduquer les jeunes délinquants. Dotée de jardins et dortoirs, l’institution offre un environnement moins sévère qu’un pénitencier, tout en prodiguant une formation morale et professionnelle. C’est finalement pour éloigner les pensionnaires des mauvaises influences de la ville que les Frères déménagent en 1932 à Tétreaultville. L’ancienne école de réforme démolie, le prolongement de la rue Berri facilite désormais l’accès aux commerces sur Sainte-Catherine.

Un magasin iconique

Avec son magnifique portique à angle, l’édifice Archambault est inauguré en grande pompe le 19 avril 1930. L’architecte Raoul Gariépy s’inspira du raffinement épuré du mouvement Art déco pour donner à l’immeuble cette allure évoquant à la fois la tradition et la modernité. Malgré la Crise économique, Edmond Archambault reste confiant. Désignant son nouveau magasin comme la « maison de l’avenir », l’homme d’affaires est alors un éditeur de musique d’expérience, ayant pignon sur Sainte-Catherine depuis déjà trois décennies. Fournisseur de quelque 1800 institutions scolaires à travers le Canada, l’entreprise compte sur une clientèle fidèle, à une époque où un foyer sur cinq est propriétaire d’un piano. À son ouverture en 1930, le magasin consacre ses sept étages à la vente de partitions de musique, d’instruments et radios. L’édifice comprend également une salle de concert de 200 places et un atelier de réparation. Au fil des ans, l’inventaire se diversifie, toujours à l’affût des dernières nouveautés.

Plus qu’une simple enseigne

En 1961, l’enseigne Archambault scintille de tous ses néons. Conçue sur mesure, elle est en accord parfait avec l’architecture de l’édifice et la vocation musicale de l’établissement. Mais à l’inauguration, en avril 1930, la réclame lumineuse n’avait pas été encore installée sur le coin Berri et Sainte-Catherine. Optant pour la nouveauté, le disquaire requiert les services de Claude Néon. Autorisée par brevet, Claude Néon est la seule compagnie à pouvoir utiliser le néon pour la fabrication de réclames commerciales. L’entreprise produit le 7 août 1930 un dessin préliminaire de l’enseigne Archambault surmontée d’une lyre. Une fois finalisée en atelier, elle est installée en hauteur grâce à l’expertise des employés de Claude Néon. Le design de l’enseigne a été conservé lorsqu’on décide de la remplacer par une copie identique à l’originale, en 1995. Retiré le 26 novembre 2018 sous le regard catastrophé des amoureux du patrimoine, ce symbole iconique de la rue Sainte-Catherine a finalement retrouvé sa place le 4 septembre 2019.