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Elle perd son bébé avant d’accoucher

La femme de Laval ne comprend pas comment son fœtus en santé a pu mourir à l’hôpital 24 h avant de naître

Cynthia Ductan
Photo Chantal Poirier Cynthia Ductan, âgée de 34 ans, ne comprend pas comment elle a pu perdre son bébé de 39 semaines alors qu’elle passait la nuit à l’hôpital Cité-de-la-Santé de Laval, au début du mois.

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Une femme de Laval se demande comment elle a pu perdre son bébé la veille de son accouchement après une grossesse en santé, alors qu’elle passait la nuit à l’hôpital, s’y croyant en sécurité.

« C’est la dernière chose que j’aurais pu penser qui allait m’arriver », confie Cynthia Ductan, dont le bébé de 39 semaines est mort à la Cité-de-la-Santé de Laval, le 2 décembre dernier.

L’accouchement de la femme de 34 ans avait été provoqué le soir précédent. Le fœtus à terme avait les reins un peu dilatés et on souhaitait l’accoucher pour le soigner.

Mais à l’arrivée de la médecin, à 8 h, le bébé n’avait plus de pouls.

« Non, non, non », se répétait Mme Ductan en détresse, avant d’éclater en sanglots. « On avait hâte de le voir, il bougeait tellement. »

Il devait s’appeler Evan. Tout à la maison était prêt pour son arrivée. 

« Il est censé pleurer, je suis censée l’avoir dans mes bras », souffle-t-elle.

Derrière un sofa de son appartement de Laval, tous les articles de bébé s’empilent, camouflés sous un drap blanc.

Aucune explication

Personne n’a pu lui expliquer ce qui s’est produit. Son bébé est né en fin de journée. Il n’avait pas de cordon ombilical autour du cou et le placenta ne s’était pas décollé, les raisons les plus fréquentes pour ce genre de mort.

« Je l’ai pris dans mes bras. Il était beau », dit-elle d’une voix étouffée par l’émotion.

Le Centre intégré des services de santé et sociaux de Laval a refusé notre demande d’entrevue.

Par courriel, il répond qu’il s’agit d’« un événement clinique inattendu et inexpliqué ».

« La conduite des soins est conforme à ce qui se fait dans des situations similaires », écrit-on.

Mais Cynthia Ductan ne peut s’empêcher de s’interroger.

Après l’application d’un gel pour provoquer l’accouchement, un moniteur suivait le rythme cardiaque de son fœtus.

Il a été retiré environ deux heures après. Puis, l’équipement a passé la nuit à ses côtés dans sa chambre, inutilisé.

Elle s’est aussi plainte d’intenses douleurs toute la nuit. Des douleurs de contractions, mais qui n’ont rien à voir avec un accouchement naturel, qu’elle a déjà vécu dans le passé, souligne-t-elle.

Une infirmière lui a donné du Tylenol et de l’Ativan, puis l’a examinée avec ses mains, lui assurant que tout était beau. Mais elle n’a jamais vu de médecin de toute la nuit.

Moniteur Retiré

« Je ne comprends pas pourquoi [le moniteur] a été retiré », déplore son amie Jessica Benjamin.

Celle-ci se demande si, avec le moniteur, le personnel aurait pu remarquer si le cœur faiblissait et faire une césarienne d’urgence.

Mais on lui a répondu que le protocole n’obligeait pas à garder le moniteur branché. Et ce protocole serait différent d’un hôpital à l’autre.

« J’aurais dû demander qu’on le garde », soutient Mme Ductan.

« C’est la partie la plus difficile, je me questionne... », laisse-t-elle tomber. Elle espère que ces moniteurs pourront rester en fonction continuellement afin d’éviter d’autres cas comme le sien. Plusieurs femmes ont affirmé au Journal avoir eu un moniteur en tout temps lors d’un accouchement provoqué.

L’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec n’a pas voulu commenter cette situation.

Et le Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens de la Cité-de-la-Santé n’a pas répondu à notre demande.

Hier, le Bureau du coroner n’avait pas été avisé de ce décès, a constaté Le Journal.