/opinion/columnists
Navigation

Greta: la part des choses

UN-CLIMATE-ENVIRONMENT-AFP PICTURES OF THE YEAR 2019
Photo AFP Greta Thunberg lors de son émotive allocution au siège des Nations unies de New York le 23 septembre.

Coup d'oeil sur cet article

Pour les uns, elle est un phare de raison à une époque d’irrationalité et de négation de la science.

Pour les autres, c’est une enfant vulnérable, manipulée par des intérêts occultes, dont l’aura médiatique illustre à quel point la société du spectacle n’en a que pour l’image.

Et si on nuançait ?

Trouble

Une attention médiatique délirante ? Oui, mais alors, ce sont les médias qu’il faut interpeller.

La jeune fille et ses proches utilisent simplement un système médiatique dont ils ont compris le fonctionnement.

Elle est manipulée ? Peut-être, mais on l’affirme plus qu’on ne le démontre.

Manipulée par qui et pourquoi ? Je voudrais une explication claire.

Elle ne propose jamais de mesures précises ? C’est exact, mais elle n’a rien inventé.

C’est le vieux principe de la cible mouvante : difficile de contredire quelqu’un qui ne dit que des généralités.

On lui reproche de faire la morale à l’Occident, mais surtout pas à la Chine, pire dictature du monde et premier pollueur de la planète, qui émet plus de monoxyde de carbone que les États-Unis et l’Union européenne combinés ?

Ce reproche est tout à fait fondé.

« Vous m’avez volé mes rêves et mon enfance. » Risible pour une ado issue d’une famille riche et élevée en Suède ?

Oui, risible : c’est dans une favela de Rio qu’on n’a pas droit à une enfance.

Je me demande par ailleurs si le flegme avec lequel elle répond aux critiques n’explique pas en partie cette hargne qu’elle suscite.

Le trouble qu’elle provoque tient peut-être aussi au fait qu’elle ne correspond pas à l’idée qu’on se fait d’une ado « normale » de 16 ans.

Elle est frêle comme une enfant de 11 ans, mais dogmatique comme une jeune activiste de 22 ans.

Son syndrome d’Asperger explique ce regard fixe, absent, renfrogné, obsessif, perpétuellement crispé.

Troublant ? Absolument.

Comme le soulignait Christopher Caldwell dans le New York Times, sa stratégie repose sur deux piliers : simplifier et faire peur.

Efficace ? Pour secouer, oui. Pour solutionner, c’est moins sûr.

L’an dernier, elle déclarait : « La crise climatique est déjà solutionnée. Nous avons tous les faits et toutes les solutions. Tout ce que nous avons à faire est de nous réveiller et de changer ».

Euh, non.

Civilisation

Nous avons des solutions théoriques, mais elles bouleverseraient à ce point nos sociétés qu’elles seraient tout sauf simples à mettre en application.

Au-delà de bannir les pailles en plastique et la styromousse qui protège votre cheeseburger, une planète de 8 milliards de personnes a besoin d’énormes quantités d’énergie fossile pour produire l’eau, la nourriture et tout notre mode de vie.

La question fondamentale est : quelle civilisation voulons-nous ? C’est tout sauf simple.

Quant à la peur, elle peut mobiliser... ou paralyser.

Cela dit, chaque génération, chaque personne a ses icônes planétaires. Les miennes furent Soljenitsyne et Mandela.

Rassurez-vous, je ne compare pas cette fillette à ces géants.

Mais je me souviens qu’eux aussi dérangeaient beaucoup de monde.