/misc
Navigation

Il n’y a aucune chance que le président soit destitué

Il n’y a aucune chance que le président soit destitué

Coup d'oeil sur cet article

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, celui-là même qui doit veiller à l’organisation d’un procès impartial et fondé sur les faits. 

Mitch McConnell, leader de la majorité républicaine au Sénat, est celui qui pèsera le plus lourd dans la détermination des règles du procès en destitution du président Trump. Sur les ondes de Fox News, jeudi, il a fait une déclaration qui en a laissé plusieurs pantois. «Tout ce que je fais en préparation du procès est coordonné avec l’avocat de la Maison-Blanche,» a affirmé McConnell. Il a ajouté: «Il n’y aura aucune différence entre la position du président et notre position sur la façon de mener ce procès.» Interrogé sur les témoins potentiels qui pourraient être appelés à la barre lors du procès, McConnell a été direct: «Je suivrai les indications des avocats du présidents.» («I’m going to take my cues from the president’s lawyers.»)  

On peut voir et entendre un bref extrait de l’entrevue ici.  

L’entrevue complète avec Sean Hannity sur Fox News est ici

McConnell en affirmant qu'il n'y a «aucune chance que le président soit destitué.» Il a fort probablement raison, mais quelles sont les chances que ce procès soit généralement perçu comme juste et équitable? Elles paraissent plutôt minces.  

Procès frimé en vue 

Les règles du procès en destitution doivent être approuvées par la majorité des Sénateurs et comme Mitch McConnell exerce un contrôle très strict sur son caucus, il a un très gros mot à dire sur l’organisation du procès. En tant que sénateur, McConnell prêtera aussi un serment spécial qui l’engagera à se prononcer de façon impartiale et uniquement sur la base des faits. C’est comme si, lors d’un procès criminel, le juge s’entendait avec l’avocat de la défense pour fixer les règles du procès à son avantage et si le porte-parole du jury annonçait à l’avance que, peu importe ce qui se passe au procès, il votera lui-même en faveur d’un acquittement et enjoindra les autres membres à faire de même. Ça promet. 

Il est évident que Mitch McConnell n’a jamais eu l’intention de considérer un vote en faveur de la destitution de Donald Trump, mais il est quand même étonnant qu’il annonce ouvertement son intention d’aller à l’encontre du serment d’impartialité qu’il prononcera comme tous les autres sénateurs. Et que dire de sa promesse de s’en remettre entièrement à la volonté des avocats de la Maison-Blanche pour déterminer les règles de la conduite du procès? 

Il n’est pas étonnant de constater que de nombreuses voix se sont fait entendre de la part des démocrates et de plusieurs observateurs indépendants pour réclamer que le sénateur McConnell se récuse d’un processus pour lequel il a annoncé son intention d’agir à l’encontre du serment qu’il devra prononcer. Il n’en fera rien. 

Dans ces conditions, qui croira que l’acquittement du président, dont personne ne doute sincèrement à ce stade-ci, aura été obtenu au terme d’un procès en bonne et due forme? C’est certainement ce que n'hésiteront pas à croire les auditeurs de Fox News, dont l’animateur n’a même pas bronché lorsque McConnell lui a annoncé son plan de tenir un procès entièrement frimé à la faveur du président. Évidemment, les apologistes du président rétorqueront que le processus d’impeachment à la Chambre avait été lui aussi frimé, alors ce ne sera qu’un juste retour des choses. Ça ne tient pas debout. En fait, l’enquête préliminaire du comité du renseignement a été menée selon des règles établies par les républicains eux-mêmes lors d’un précédent Congrès et la Maison-Blanche a refusé de participer aux audiences subséquentes au comité des affaires judiciaires.  

Rien à voir ici... tout est normal 

Pourtant, dans l’univers parallèle où évoluent les fidèles partisans du président, il est parfaitement normal que le leader de la majorité républicaine au Sénat manipule le processus à la faveur du président en évacuant toute prétention ne serait-ce que de faire semblant de respecter son serment d’impartialité. Ce procédé ressemble à la stratégie adoptée par Donald Trump lui-même pour défendre ses multiples infractions de toutes sortes. Si on enfreint une règle publiquement et ouvertement, ce n’est pas vraiment une infraction. Par exemple, si Donald Trump demande à l’Ukraine et à la Chine d’ouvrir des enquêtes sur son principal opposant démocrate en direct sur toutes les chaînes d’information, comment peut-on l’accuser d’avoir demandé à l’Ukraine et à la Chine d’ouvrir des enquêtes sur son principal opposant démocrate? 

Selon l’expression de l’éminent constitutionnaliste Laurence Tribe, celui qu’on surnomme «Moscow Mitch» offrira au président un «procès Potemkine », tout comme il a inventé une règle inexistante pour justifier d’attendre l’élection de 2016 pour accepter de confirmer un juge à la Cour suprême. Dans un cas comme dans l’autre, aucun effort n’est fait pour masquer la motivation partisane de son action. Il est certain que sa base partisane et les téléspectateurs fidèles de Fox News y verront l’exonération totale que Donald Trump ne manquera pas de clamer sur tous les toits. Reste à savoir si l’électeur américain moyen partagera cet avis, ce qui n'est pas du tout exclu.  

* * *        

Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM