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Falardeau toujours vivant

Rien n’est plus précieux que la liberté et l’indépendance
Photo courtoisie

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Dans nos combats, on a toujours besoin d’une petite lumière qui nous guide, qui éclaire nos choix. Il se peut qu’il n’y en ait pas et c’est malheureux. Mais lorsque nous avons la chance de bénéficier de cette présence, alors, on se sent regaillardi et c’est tant mieux.

Pierre Falardeau est de ceux-là qui nous ont regaillardis pendant toutes ces années de militance. 

Toujours prêt à monter au front, il n’hésitait jamais à brasser la cage, mais surtout il visait juste. Sans jamais poser ou jouer à la victime, il osait aller dans les coins, comme on dit d’un bon joueur de hockey, et même dans les recoins où logent le politically correct, la bien-pensance, la langue de bois, et assumait tous les risques. 

En fait, loin de pratiquer la technique du guérillero préconisée par le Che dans La guerre de guérilla, « mords et fuis », Falardeau, lui, adopte celle du boxeur courageux à la Reggie Chartrand et à la Gaétan Hart, en demeurant dans le ring, donnant du coup sur coup et cherchant le K.-O. avec ses formules coup-de-poing. Pour gagner.

Aujourd’hui disparu, il nous reste heureusement ses écrits. Dix ans après sa mort, les éditions Typo rééditent ses textes polémiques, qui tirent dans tous les sens, sans rater la cible. 

Le feu de l’actualité

On ouvre le livre, au hasard, et les mots nous prennent d’assaut, on veut lire jusqu’au bout ce court texte sur « Robert Lévesque la mule du pape », ou sur la « mort de Gratton ».

Une évidente unité anime toutes ces chroniques ardentes, écrites dans le feu de l’actualité. Ce sont des écrits d’un homme d’une grande culture, indigné jusque dans ses bonheurs de lecture. 

On a affaire à une tapisserie brodée de main de maître, où sont épinglés, comme sur un tableau du déshonneur, des politiciens qu’il considère indignes, de Stéphane Dion à Jean Chrétien, en passant par Jean Charest, Sheila Copps, le « gros Coderre », Justin Trudeau, « des pollueurs de l’intelligence humaine » ; aussi des journalistes, de Lysiane Gagnon à Alain Dubuc, en passant par André Pratte, Patrick Lagacé et Nathalie Petrowski, tous membres de l’écurie Desmarais-Power-Gesca, qui ont fréquenté, un jour ou l’autre, l’empire colonial radio-canadien, « Radio-Cadenas » bastion des néo-colonialistes ; des historiens comme Marcel Trudel, « survivant sénile de l’École de Québec », qui vante les bienfaits de la conquête britannique, appuyé en cela par Jacques Godbout, « ce contorsionniste de haut vol dont la pensée se mord la queue depuis toujours [...] petit causeur outremontais capable de survivre à tous les régimes », qui dans un film affirme le plus sérieusement du monde « que la conquête n’a jamais eu lieu ». 

Falardeau n’oublie pas qu’on a pendu des patriotes et « qu’on nous a tirés dans le dos à la mitrailleuse lourde à Québec au printemps de 1918 ». 

Pas d’excuse

Falardeau n’est pas homme d’excuse. Pas question de se mettre à genoux et demander pardon pour des crimes qu’il n’a pas commis. 

« Ce n’est pas moi, clame-t-il, ni le peuple québécois qui avons parqué les Indiens dans l’horrible système des réserves. [...] Nous aussi, on nous a mis dans une réserve, une grosse réserve avec des pouvoirs municipaux, la Province of Quebec. »

Comme il l’écrit pour présenter le livre de Patrick Bourgeois, We are Québécois when ça nous arrange, je dis moi aussi que lire ce recueil de textes de Falardeau, « c’est affronter cette maladie collective qui nous ronge de l’intérieur, c’est regarder en face le cancer planifié et entretenu en haut lieu ». Pour mieux l’extirper.

Je vous le dis d’emblée, c’est jouissif. Si vous lisez ces textes dans le métro, vos voisins d’en face vont très certainement se questionner sur le sourire que suscitera immanquablement la lecture de n’importe lequel de ces textes. 

C’est décidé, je vais faire provision de ce merveilleux Falardeau pour offrir ces morceaux d’anthologie en cadeau à Noël.