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Onze ans, bientôt vingt

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Vendredi soir, ma femme et moi sommes allés voir Angèle au Centre Bell avec fiston. 

C’était son premier spectacle de «grands». 

Lui qui, hier encore, me semble-t-il, écoutait Les Petites Tounes et Nicolas Noël, voilà qu’il dansait comme un ado sur les rythmes pop de la craquante Angèle. 

Les yeux grands ouverts, ébloui par les rayons lumineux qui balayaient la salle, un sourire large comme ça sur le visage, le cœur battant la chamade au rythme de Balance ton quoi, Flou et Jalousie

LE BIG BANG 

Je regardais mon grand de 11 ans faire corps avec la musique, et je me disais que bientôt, demain, il commencera à m’échapper, à me glisser entre les doigts, à suivre sa vie, à penser de moins en moins à nous et de plus en plus à ses amis, à ses amours, à ses histoires, à ses rêves, à ses peines. 

Un jour, sa mère voudra lui donner un câlin en public et il s’écartera brusquement avec un air embarrassé. 

Il s’éloignera, il s’éloigne déjà. 

Une famille, c’est comme l’univers une seconde avant le big bang, c’est soudé, ça forme un tout, ça rit et ça pleure d’une seule voix, roulé en boule dans le lit le samedi matin, puis la force centrifuge de la vie nous pousse chacun vers notre destin, et on dévale, on déboule, regardant le passé défiler à une vitesse folle dans le rétroviseur. 

Ils ont 11 ans, puis 16, puis 24. 

Et nos cheveux passent de noirs à gris, à blancs. 

Pendant que la pétillante Angèle chantait Tout oublier, je regardais dans les gradins. 

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Partout, des dizaines, des centaines de pères et de mères avec leur garçon ou leur fille de 11, 12 ans. 

Sentant, eux aussi, que la vie va trop vite, regardant avec un mélange de fierté et de mélancolie leur enfant vivre les derniers moments de son enfance, les yeux fermés, la musique plein les oreilles, l’adolescence qui les attend au coin de la rue, une cigarette entre les lèvres. 

Le cellulaire brandi à bout de bras pour remplir la salle de mille étoiles, comme on le faisait hier encore, avec un briquet. 

L’espoir plein la poitrine. 

VOLEURS D’ENFANCE 

Et pendant ce temps, comme le disait Camille Bouchard, le nombre de signalements faits annuellement à la DPJ a dépassé le cap des 100 000, soit l’équivalent de cinq autobus jaunes par jour. 

Comment peut-on dépouiller des enfants de leur enfance ? 

L’enfance, c’est une étincelle, un hoquet, un claquement de doigts. 

Un clin d’œil, et c’est fini. Après, la vie te bouffe tout cru. 

Combien d’enfants sans enfance? Poussés tête première dans l’âge adulte alors qu’ils n’ont même pas eu le temps d’apprendre que le père Noël n’existe pas? 

C’est ce que je nous souhaite, en 2020. 

Pas retrouver l’enfant qui est en nous, il est parti depuis longtemps et ne reviendra plus. 

Mais protéger l’enfance de nos enfants. 

Il n’y a rien de plus précieux que l’enfance. 

Il fallait les voir, au Centre Bell, vendredi. Brûlant leurs derniers feux, des centaines de flammes vacillantes dansant dans le noir, éclairant le visage de leurs parents. 

Un pied dans le passé, l’autre dans l’avenir. 

Radieux. Confiants. 

Déjà grands.

Regardez l’éditorial de Richard Martineau diffusé à l’émission Politiquement incorrect dès 8h sur QUB radio :