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Assez, c’est assez !

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La définition est cristalline. Haine : sentiment qui porte une personne à souhaiter ou à faire du mal à une autre. La haine des femmes existe. Jusque dans nos sociétés dites avancées, les experts s’entendent même pour dire que le phénomène gagne du terrain.

La ministre Nathalie Roy et la députée de Québec solidaire, Christine Labrie, ont porté plainte à la police après avoir reçu des messages haineux en ligne les ciblant. Les élues sont d’ailleurs nombreuses à recevoir ce genre de fiel. Les femmes journalistes aussi. Comme mes collègues, j’en sais quelque chose.

À l’ère du web, le spectre de la misogynie s’élargit. De l’insulte grossière visant le physique et la sexualité des femmes tout en leur prêtant une intelligence inférieure, la cyberintimidation misogyne se termine parfois sur des fantasmes ou des menaces de meurtre.

INQUIÉTANT

En entrevue à 24/60, la pédopsychiatre Cécile Rousseau fait le constat d’une recrudescence inquiétante de la haine misogyne, entre autres chez les plus jeunes. Des masculinistes aux « célibataires involontaires » (incels), tous blâment les féministes pour leurs propres échecs professionnels ou sexuels. 

L’extrême disponibilité en ligne d’une porno dégradante pour les femmes en est un des carburants. Force est aussi de constater l’effet de ressac qui, à chaque avancée des femmes — le mouvement #MoiAussi est le plus récent —, monte chez certains hommes refusant de voir chez les femmes leurs égales.

Or, cette vague de violence verbale, insidieuse sous toutes ses formes, on en parle. Finalement. À l’Assemblée nationale, les partis ont voté une motion la dénonçant unanimement. Les 30 ans de la tuerie de la Polytechnique, enfin reconnue comme un attentat antiféministe, ont aussi libéré la parole des femmes sur le sujet.

UNE VRAIE FARCE

En même temps, un certain Jean-Claude Rochefort, admirateur connu du tueur de Polytechnique et épandeur de longue date sur le web de haine contre les femmes, était arrêté par la police. Mais que faire ? Le problème de cette haine est vaste et complexe. Avec l’Internet, il transcende les frontières. 

L’éducation des plus jeunes au respect des femmes, si tant est que nos gouvernements y voient, serait un premier remède. Pour ces hommes adultes haineux, c’est une autre histoire. Pour eux, on ne s’en sort pas. Les gouvernements devront faire pression sur les Google de ce monde pour que, sans verser dans la censure gratuite, les propos véritablement haineux soient retirés et rapportés à la police. 

Les ressources des forces policières en la matière devront être bonifiées et le Code criminel, renforcé. À sa première condamnation pour propos haineux contre les femmes, Rochefort n’avait écopé que de 50 heures de travaux communautaires. Une vraie farce. Comment dissuader d’une telle haine si les conséquences sont insignifiantes pour ses auteurs ? 

D’ici là, il faut continuer à dénoncer. Quand ils en sont témoins, les hommes nombreux à ne pas verser dans la violence verbale contre les femmes doivent aussi le faire. Comme le dit la mairesse de Montréal, Valérie Plante, « assez, c’est assez ! ».