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De riches proprios gagnent avec la ligne bleue

De gros joueurs sont idéalement placés pour s’enrichir davantage avec le prolongement du métro de Montréal

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Une poignée de riches propriétaires immobiliers bénéficiera de l’arrivée de la ligne bleue à Saint-Léonard et Anjou. Voici les six joueurs qui seront les plus avantagés par la hausse anticipée de la valeur de leurs propriétés.  

Notre Bureau d’enquête a analysé les propriétés situées à moins de 500 mètres des stations.   

Le nombre de petits propriétaires y est important, mais les terrains les plus grands et les plus près des stations appartiennent déjà pour la plupart à de riches entreprises immobilières.  

Plusieurs de ces terrains possèdent de larges stationnements sur lesquels des habitations pourraient éventuellement voir le jour.   

Pour l’instant, l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) n’a pas voulu indiquer si les propriétaires qui feront de nouvelles constructions le long du tracé de la ligne bleue devront payer une redevance, comme c’est le cas pour le REM.   

1. Cadillac FairviewIvanhoé-Cambridge   

  • Nombre de propriétés à proximité: 2  
  • Valeur actuelle des immeubles 488 M$  
DOMINIQUE CAMBRON-GOULET/24 HEUR

Le complexe des Galeries d’Anjou est le terrain qui a le plus de valeur le long du tracé de la nouvelle ligne bleue. Le centre commercial est la propriété à parts égales de la branche immobilière de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Ivanhoé-Cambridge, et de Cadillac Fairview, propriété du fonds de placement des enseignants de l’Ontario. Les expropriations dans ce secteur n’ont pas encore été annoncées. Mais selon les documents de l’AMT obtenus par notre Bureau d’enquête, la STM n’aura pratiquement pas le choix de construire son stationnement incitatif étagé et son terminus d’autobus sur les terrains des Galeries d’Anjou.  

2. Famille Viglione   

  • Nombre de propriétés à proximité: 6  
  • Valeur actuelle des immeubles 75,2 M$    
Photo DOMINIQUE CAMBRON-GOULET

La famille Viglione (Mario, Francesco et Alfredo) est sans conteste une des grandes gagnantes du prolongement de la ligne bleue. Ses entreprises possèdent de gros immeubles à bureaux et à logements tout près de la future station à l’angle du boulevard Viau. Deux tours comprenant des logements de luxe et des bureaux ont été construites au milieu des années 2000, après que la famille Viglione eut acheté les terrains au Groupe Petra. Aujourd’hui, ces immeubles de 14 et 15 étages sont évalués à 20,7 M$ et 37,9 M$.  

3. Crofton Moore   

  • Nombre de propriétés à proximité: 4  
  • Valeur actuelle des immeubles 65,1 M$
DOMINIQUE CAMBRON-GOULET/24 HEUR

Propriété du Montréalais Mitchell Moss, Crofton Moore est un opérateur de centres commerciaux. Sa compagnie possède notamment le Marché Central, dans l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville. Le centre commercial Le Boulevard, situé à l’intersection des rues Pie-IX et Jean-Talon, est directement situé là où l’on projette de construire la station la plus achalandée du prolongement de la ligne bleue. Cette intersection sera le point de transfert entre le futur Service rapide par bus (SRB) Pie-IX et le métro, et la STM y construira un terminus d’autobus. Pour ce faire, le gouvernement a d’ailleurs acquis par expropriation une partie du centre commercial. Ce terrain abrite à l’heure actuelle un grand magasin de meubles et une succursale de la SAQ.  

4. Groupe Petra   

  • Nombre de propriétés à proximité: 4  
  • Valeur actuelle des immeubles 48,1 M$    
Photo DOMINIQUE CAMBRON-GOULET

Le Groupe Petra, propriété de l’homme d’affaires Giuseppe Borsellino, est l’un des plus importants propriétaires à Montréal. Il possède notamment la Tour de la Bourse et l’édifice Sun Life, avec la famille Saputo. Notre bureau d’enquête révélait au début de l’année que M. Borsellino avait fait l’objet d’une enquête avortée de l’UPAC sur le partage des contrats à la Ville de Montréal. La police présumait que Petra aurait été favorisé par l’ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Frank Zampino, pour l’achat d’un terrain municipal à Rivière-des-Prairies.  

5. First Capital   

  • Nombre de propriétés à proximité: 4   
  • Valeur actuelle des immeubles 39 M$    
Photo DOMINIQUE CAMBRON-GOULET

La société First Capital est spécialisée dans le commerce de détail et possède des dizaines de centres commerciaux partout au pays. L’entreprise basée à Toronto est la propriété de la multinationale de l’immobilier israélienne Gazit. Ses profits annuels se chiffrent dans les milliards de dollars.   

6. Vincent Chiara et famille Lieberman   

  • Nombre de propriétés à proximité: 6  
  • Valeur actuelle des immeubles 22: M$    
Photo DOMINIQUE CAMBRON-GOULET

Propriétaire de plusieurs gratte-ciel du centre-ville avec la famille Saputo et le Groupe Petra, l’homme d’affaires Vincent Chiara n’est jamais bien loin des projets de transport en commun. Il possède plusieurs terrains près des gares du train de banlieue de l’est. Un terrain qu’il avait acquis du CN en 2006 pour 1 $ dans Pointe-Saint-Charles a aussi été exproprié par le gouvernement du Québec en 2009, pour que l’Agence métropolitaine de transport (AMT) y construise ses ateliers ferroviaires. À Saint-Léonard, il est propriétaire avec la famille Lieberman (Martin, Lorne et Benjamin) d’une dizaine d’immeubles locatifs, tout près de la future station Viau.  

*Les noms des nouvelles stations sont inconnus pour le moment. Dans ses études. - Québec utilise le nom des rues transversales.   

Développement inquiétant  

Le développement urbain le long du tracé de la ligne bleue risque d’être incohérent, craignent des commerçants et un urbaniste.  

« C’est une occasion de planification qui n’arrive pas souvent dans l’histoire d’une ville. Il ne faut pas la rater, estime l’architecte Ron Rayside. Il faut s’y prendre d’avance pour que ce soit densifié de manière intelligente. » La situation est d’autant plus belle avec plusieurs stationnements extérieurs le long du tracé, note-t-il.  

« Regardez sur Jean-Talon, le long de la [actuelle] ligne bleue ! Il n’y a aucun réaménagement », illustre le président de la Société de développement commercial Jean-Talon Est, Paul Micheletti, en référence aux abords des stations Fabre, d’Iberville et Saint-Michel.  

Des logements ou des bureaux pourraient voir le jour sur les édicules, indique la Société de transport de Montréal. Toutefois, cela ne se fera pas pour l’ouverture en 2026, faute de temps pour obtenir tous les permis.  

Déjà de la spéculation  

M. Rayside déplore que les pouvoirs publics n’aient pas réservé de terrains pour des places publiques, ce qui laisse place à la spéculation.   

Notre Bureau d’enquête a d’ailleurs pu relever plusieurs transactions immobilières récentes pour lesquelles les prix d’achat étaient supérieurs à l’évaluation municipale.   

« Il y en a partout de la spéculation, mais on a des prix d’immobilier commercial qui sont presque aussi chers que sur le Plateau. De petits commerçants ne pourront pas payer ces loyers », dit M. Micheletti.  

Il se dit aussi inquiet de la révision du plan d’urbanisme par l’arrondissement de Saint-Léonard, qui pourrait faire monter le nombre d’étages des édifices sur Jean-Talon.   

« Est-ce qu’ils vont jeter à terre des duplex pour faire des huit et des 12 étages ? C’est inquiétant parce que la dynamique du quartier change », expose M. Micheletti.  

L’arrondissement défend son plan « toujours en consultation ». « L’objectif, c’est de densifier, indique la directrice de l’aménagement urbain à Saint-Léonard, Johanne Couture. Mais on ne veut pas avoir de la hauteur tout le long de Jean-Talon. »   

La mairesse veut qu’il en reste pour d’autres projets  

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, dit souhaiter que les coûts élevés de la ligne bleue ne remettent pas en question les autres projets de transport.  

« Des coûts plus importants, ça soulève toujours la question : est-ce qu’il va en rester pour d’autres projets ? C’est dommage, parce que du transport collectif, ce n’est pas juste une dépense, c’est un investissement », a-t-elle déclaré, hier.  

Elle a affirmé ne pas être contente que le prolongement de la ligne bleue coûte beaucoup plus cher qu’à Paris, Londres et Toronto, comme nous le révélions hier.   

« Mais pour moi, ça ne remet pas en question la ligne bleue », a-t-elle ajouté.   

Notre Bureau d’enquête révélait lundi que des études tenues secrètes démontrent qu’il aurait été plus avantageux de prolonger la ligne orange que la ligne bleue. Hier, nous révélions que le prolongement de la ligne bleue coûterait plus cher au kilomètre creusé qu’à Toronto, Paris et même Londres.  

-Avec la collaboration de Philippe Langlois