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Négociations avec les enseignants: Québec s’attaque au principe d’ancienneté

Les profs expérimentés n’auraient plus toujours priorité pour un poste

Collège Esther-Blondin à Saint-Jacques
Photo d'archives, Johany Jutras

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Le gouvernement Legault ouvre des brèches dans le principe d’affectation par ancienneté des enseignants, dans ses offres patronales présentées aux syndicats mardi.  

Afin de faciliter l’insertion professionnelle des enseignantes et enseignants en début de carrière, Québec propose de prévoir que leur réalité «soit prise en compte lors de la répartition des tâches», lit-on dans le document qui dévoile les offres sectorielles, dont notre Bureau parlementaire a obtenu copie.   

Au Québec, 25% des enseignants quittent la profession moins de cinq ans après leur arrivée sur le marché du travail, selon le Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante.  

  • ÉCOUTEZ l’entrevue le président du Syndicat Champlain, Éric Gingras, sur QUB radio:   

«[...] l’affectation par ancienneté ne facilite pas l’intégration de ce personnel enseignant puisqu’il se voit bien souvent attribuer des tâches complexes et des groupes d’élèves nécessitant une plus grande expertise », souligne l’offre patronale.     

Présentement, un enseignant qui cumule plus d’années d’expérience aura préséance au moment de postuler pour un poste. Le gouvernement Legault propose plutôt d’«assouplir les règles d’affectation des enseignantes et enseignants tout au long de l’année».   

Les professeurs issus de l’immigration récente et ceux qui bénéficient d’une autorisation provisoire d’enseigner bénéficieraient également d’une telle mesure, notent les auteurs.   

DES BRÈCHES IMPORTANTES  

Pour le président de la Fédération autonome de l’enseignement, Sylvain Mallette, ces propositions de la partie patronale visent à créer des brèches qui viendront, à terme, mettre fin à la répartition par ancienneté.   

«Les directions d’écoles ont déjà leur mot à dire dans la répartition des tâches, souligne-t-il en entrevue. Ce qu’elles cherchent à obtenir, c’est la disparition du principe d’ancienneté en prétextant les difficultés que rencontrent les profs qui sont en début de carrière.»  

Si Québec va de l’avant, les directions d’écoles auront donc le champ libre, croit M. Mallette. «Ils veulent être capables de dire à n’importe quel prof : voici la tâche que tu auras à accomplir, tais-toi, obéis!», dénonce-t-il.   

Le cabinet du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, n’a pas souhaité commenter.   

COMME L’AUSTÉRITÉ  

En conférence de presse, la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) a également dénoncé un recul dans les conditions de travail proposées par Québec. Sa présidente, Josée Scalabrini, a rappelé le contexte difficile de la dernière négociation, en pleine austérité libérale. «À première vue, quand on fait l’analyse du dépôt qu’on a reçu aujourd’hui : les offres que nous avons sont pires qu’en 2015», a-t-elle dénoncé.     

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Son syndicat déplore notamment l’augmentation du temps de présence à l’école, qui pourrait passer de 32 heures à 35 heures.     

Par ailleurs, le gouvernement n’a toujours pas dévoilé ses offres monétaires spécifiques au secteur de l’éducation. En campagne électorale, la CAQ avait notamment promis d’abolir les six premiers échelons de la rémunération, afin que les jeunes enseignants soient mieux payés dès leur arrivée dans la profession.   

RETOUR DE LA PRÉCARITÉ  

Par ailleurs, la Fédération des professionnels de l’éducation du Québec (FPPE-CSQ) a aussi tenu mardi à dénoncer les offres patronales qui mèneraient à une détérioration de leurs conditions de travail, selon son président, Jacques Landry.   

Québec veut modifier la convention collective en vigueur pour permettre notamment la création de contrats précaires à durée indéterminée.   

Présentement, un poste permanent doit être créé pour un professionnel après trois années de service comme contractuel auprès d’une commission scolaire.   

«On nous propose rien de moins que la précarité à l’infini», dénonce M. Landry, qui réclame plutôt une bonification des conditions de travail pour attirer davantage de professionnels dans le réseau scolaire, dans un contexte de pénurie.   

Le gouvernement Legault affirme que les deux tiers des nouveaux postes de professionnels promis cette année dans le réseau scolaire ont été comblés, alors que la Fédération affirme plutôt qu’environ la moitié de ces embauches se sont concrétisées.   

 – Avec la collaboration de Daphnée Dion-Viens   

QUELQUES PROPOSITIONS DE QUÉBEC   

  • Assouplir les règles d’affectation des enseignantes et enseignants tout au long de l’année.   
  • Augmenter le nombre d’heures de présence à l’école et, conséquemment, l’horaire hebdomadaire.   
  • Retirer la pondération a priori pour trois types d’élèves, notamment HDAA, au profit d’une analyse des besoins.   
  • L’enseignant doit mettre en œuvre des stratégies d’intervention pédagogique avant de demander des services.   
  • Revoir la pertinence de la notion de moyenne au niveau de la commission pour l’ensemble des groupes de chaque type d’élèves.