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Réplique: les nombreuses erreurs d’Hydro sur Hydro

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Hydro-Québec n’aime pas la critique 

Les dirigeants d’Hydro-Québec n’ont visiblement pas apprécié mon dernier texte paru sur mon blogue, intitulé Hydro vise un profit de 2,7 milliards $: qui devra payer?. Cela me peine, même si ça m’honore quand même d’avoir attiré leur attention: ils ont publié, le 9 décembre 2019, un communiqué de presse intitulé Les nombreuses erreurs de Léo-Paul Lauzon au sujet d’Hydro-Québec. Une réplique tonitruante remplie de demi-vérités et de sophismes.  

Nombreuses erreurs – 5 selon eux – imaginaires 

Je vais essayer d’être bref, car ils s’éternisent sur les supposées erreurs relevées avec des arguments spécieux et incertains. Si j’ai commis de graves erreurs, il faudrait aussi blâmer des journalistes du Journal et du Devoir, car je me suis servi de leurs articles. Pourquoi alors s’en prendre qu’à moi, pauvre petite brebis sans défense? 

Dans leur réplique pédagogique, ils affirment que les exportations d’Hydro ont rapporté plus de 7 G$ à la société québécoise depuis 2006. Hydro devrait nous dire, et c’est élémentaire, s’il s’agit de revenus totaux, de bénéfice brut ou de profit net. Et Hydro devrait nous expliquer comment sont calculés ses coûts de production, soit le bloc patrimonial, le coût à environ 11 ¢ le kWh de l’éolien, du biomasse et des petits barrages privés – achat d’électricité dont Hydro n’a absolument pas besoin étant en situation d’énormes surplus –, le coût de 150 M$ l’an payé à TransCanada Énergie pour tenir fermée sa centrale au gaz naturel de Bécancour, etc. 

Il faut nous dire à qui sont imputés les coûts comme les deux suivants: «Des rabais d’électricité qui vont coûter plus de 2 milliards $» et «10,2 milliards $ payés en trop à cause des énergies alternatives (éolien, biomasse et petits barrages)» (Le Journal, 9 avril 2019 et 4 juin 2018). 

Et aussi comment sont ventilés et à qui sont imputés (résidentiel, exportations, industriel, etc.) ces coûts relevés par la vérificatrice générale du Québec: «Rapport-choc de la VG: l’éolien a coûté 2,5 milliards de dollars en 8 ans» (La Presse, 9 mai 2018).  

La question qui tue: qui paie pour ça? Est-ce que ces dispendieux achats d’énergies privées alternatives sont chargés aux clients résidentiels? 

Et si Hydro parle de bénéfice net, encore une fois, sur quelle base sont répartis tous les frais généraux d’administration et les taxes défrayés par Hydro? Comme j’ai enseigné à l’université pendant plusieurs années la comptabilité administrative à des CPA diplômés, je suggère à Hydro d’être moins vague, moins floue et plus précise. Hydro doit savoir que la comptabilité et l’économie font appel à plusieurs hypothèses, à différentes normes comptables et à beaucoup de subjectivité. La comptabilité n’est pas une science précise et exacte. On peut faire dire bien des choses aux chiffres, dépendamment des hypothèses et des postulats retenus. Grâce aux calculs comptables «magiques», Hydro va jusqu’à prétendre, ce qu’elle appelle pompeusement de «l’interfinancement», que les grandes entreprises, incluant les alumineries, les mines, les forestières, etc., qui souvent paient environ 4¢/kWh pour leur électricité, financent en bonne partie les clients résidentiels (qui paient 9¢/kWh). Je ne sais pas qui des deux prend des «raccourcis surréels». Cette patente de l’interfinancement relève de l’insulte à l’intelligence. Entre amis, il faut se dire les vraies choses.  

Je le répète encore une fois, dans les articles parus dans Le Journal et le Devoir du 16 novembre dernier, il est écrit noir sur blanc qu’Hydro-Québec a obtenu au dernier trimestre 3,5¢ le kilowattheure par rapport à 4¢/kWh l’an passé.  

Et contrairement aux prétentions d’Hydro, les prix obtenus à l’exportation ne cessent de diminuer, comme le signale un éditorialiste du Devoir dans son texte du 29 avril 2019: «Mais les marchés ne sont plus aussi bons qu’avant: les prix obtenus ont chuté, passant de 6,1¢ à 4,7¢».  

Et à 3,5¢ en 2019. Mauvaise nouvelle pour mes amis d’Hydro, car il y a de bonnes chances que les prix obtenus continuent à baisser en raison de l’énergie solaire de plus en plus populaire aux États-Unis: «L’énergie scolaire menace les exportations d’Hydro-Québec. Les ventes d’électricité aux États-Unis ont fortement baissé au deuxième trimestre» (Le Journal, 31 août 2019). 

Une 2e supposée erreur qui n’en est pas une 

Hydro avance que la redevance mensuelle d’abonnement facturée aux clients résidentiels n’est pas ridicule. C’est son droit. Mais moi, je la trouve inappropriée et je ne suis pas le seul à penser ainsi. Alors où est l’erreur dans le fait que je considère cette redevance farfelue? C’est simplement une question de jugement, pas d’erreur.  

Hydro prétend que cette redevance «équitable» est facturée aux clients résidentiels afin de couvrir en partie les frais de raccordement, alors que, pour le centre de données Amazon à Varennes, c’est une autre histoire: «Hydro assumera les frais de branchement (2 millions) pour Amazon» et «2,7 milliards $ pour brancher les parcs éoliens au réseau d’Hydro » (Le Journal, 28 novembre 2018). Eux n’ont pas de redevances mensuelles.  

La 3e pseudo-erreur qui relève de la fabulation 

Franchement, là, mes amis d’Hydro ont dépassé les bornes. Dans mon texte, j’ai affirmé, avec calculs à l’appui, que l’électricité chargée au résidentiel à 9¢/kWh revient avant impôts sur le revenu et TPS-TVQ à 20¢/kWh à l’individu, car contrairement aux entreprises, il doit payer la TPS-TVQ à 15% sur sa facture d’électricité ainsi que l’impôt sur le revenu. Pour les clients résidentiels, l’électricité n’est pas déductible d’impôt, contrairement aux compagnies. Donc, elle est payée avec des revenus après impôts. 

Au lieu d’argumenter sur le fond de ma démonstration et sur mes calculs, Hydro prend un raccourci intellectuel en affirmant que c’est au Québec que l’électricité est la moins chère en Amérique du Nord. Quel est le lien avec mes calculs? Aucun, ça fait juste diversion.  

Et, ne reculant devant rien, Hydro poursuit: «En suivant cette logique, on pourrait également dire que Le Journal de Montréal ne coûte pas vraiment 1,17$, mais qu’on le paie plutôt 2,34$». Avant impôts.  

Je vais ajouter, pour faire plaisir à mes amis d’Hydro, qu’il en est de même pour un voyage de 1000$ à Cuba. Il revient à l’individu environ 1700 $ avant impôts, car pour les salariés, les vacances à l’étranger ne sont pas déductibles d’impôts. Pour se payer un voyage à 1000$, l’individu devra gagner environ 1700 $ en salaire avant impôts, c’est donc le coût réel. Il me semble que c’est simple.  

Erreur no 4, là où le bât blesse. Quand le ridicule ne tue pas! 

Mes amis d’Hydro se surpassent quand ils affirment qu’Hydro ne fait aucun cadeau ou tarif préférentiel à personne, même pas aux centres de données (Google et Amazon) ou aux alumineries. Ben non, facturer moins de 4¢/kWh à ces transnationales ne constitue aucunement un cadeau, ce sont des tarifs «réglementés» qu’ils ont ajoutés. Franchement, réglementés par qui et au profit de qui? 

Pour les centres d’hébergement de données, si payer environ 4¢/kWh, en plus d’une multitude d’autres bonbons, ce n’est pas un cadeau défrayé par la population, c’est quoi? 

Pourrais-je cordialement inviter mes amis d’Hydro à lire cet article paru dans Le Journal du 21 mai 2019: «Des gros incitatifs pour ouvrir un centre de données au Québec, Google souhaite s’installer à Beauharnois».  

C’est drôle, même si en 2002 les alumineries payaient plus cher que le tarif actuel d’environ 3¢/kWh, les patrons d’Hydro d’alors affirmaient qu’«Hydro-Québec estime peu rentables les projets d’aluminerie» (Le Devoir, 24 janvier 2002).  

À mes amis d’Hydro, sachez que j’adore argumenter et échanger, quand c’est sérieux et que ça en vaut la peine.  

Passons vite sur la prétendue 5e erreur 

Encore une erreur relevée qui est loin d’en être une, soit celle touchant la fabuleuse tarification dynamique que, moi, personnellement, je trouve insultante pour le monde ordinaire, même si elle est volontaire. Je ne suis pas le seul à penser ainsi. Une brève revue de presse permettrait de constater les réactions à cette fameuse tarification dynamique qui incite les gens aux revenus modestes à vivre et à consommer la nuit – surtout qu’ils sont plus à risque de se trouver dans des appartements moins bien isolés. Ces derniers devraient s’inspirer, pour mieux se motiver, de la chanson du groupe Nuance: «Vivre dans la nuit. C’est de même que je veux faire ça». Les événements de pointe, c’est de 6h à 9h, et de 16h à 20h.  

Messieurs-dames d’Hydro-Québec, je vous dis à la prochaine chicane, mais svp, la prochaine fois, puis-je vous implorer de relever le niveau de votre argumentaire afin qu’il en découle un échange fraternel, sérieux et joyeux? Là-dessus, je vous souhaite d’excellentes Fêtes.