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L’impeachment laissera des marques indélébiles

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S’il est extrêmement improbable que le Sénat à majorité républicaine démette Donald Trump de ses fonctions, l’impeachment lui collera à la peau, et sa présidence en restera marquée.

Hier, au terme d’un débat prévisible où s’affrontaient deux visions diamétralement opposées de la réalité, la Chambre des représentants a voté, sur des bases presque entièrement partisanes, deux mises en accusation contre Donald Trump, qui subira un procès au Sénat.

Pour de nombreux observateurs, la décision du leadership démocrate de déclencher ce processus ne pouvait que renforcer le président. On peut toutefois en douter si on considère les réactions de celui-ci, l’impact sur l’électorat et, de façon plus spéculative, le jugement probable de l’Histoire.

Trump déjanté

Il y a quelques mois, Donald Trump défiait ouvertement les démocrates de déclencher des procédures de destitution, mais aujourd’hui il n’a pas l’air de se réjouir que son vœu ait été exaucé.

Dans une situation semblable, il y a une vingtaine d’années, Bill Clinton exprimait sa rage en privé, mais il restait plutôt stoïque en public. Donald Trump, par contre, expose ses tourments au grand jour.

Qu’il s’agisse d’avalanches de tweets vitrioliques, de discours déjantés ou de déclarations incompréhensibles, les indices que l’impeachment rend Trump maboule ne manquent pas. Le meilleur exemple est sans doute la lettre complètement insensée et bourrée de mensonges qu’il a fait parvenir à la démocrate Nancy Pelosi.

Le verdict de la Chambre permettra à Trump de continuer à jouer à la victime, mais les erreurs qu’il accumulera en perdant ainsi les pédales finiront par le rattraper.

Électeurs imperturbables ?

Quel sera l’effet de ce brouhaha sur les choix électoraux d’ici novembre prochain ?

Peu d’électeurs voteront prioritairement en fonction de l’impeachment, qui s’ajoute au copieux bilan d’inconduites du président pour expliquer le taux d’approbation de Trump, qui demeure historiquement bas malgré une modeste remontée récente.

Ce qui est certain, c’est que si Trump ne portait pas le boulet de ses inconduites, qui seront mises en évidence par la mise en accusation formelle qui lui collera à la peau, ses chances de voguer vers la victoire sous le vent d’une économie favorable seraient beaucoup plus grandes, sinon presque certaines.

Lourd héritage

Comment l’Histoire jugera-t-elle Donald Trump ? Ça dépend qui l’écrit.

Si les historiens et constitutionnalistes de demain ressemblent à ceux d’aujourd’hui, ça ne sera pas fameux. Plus de 700 historiens et plus de 500 constitutionnalistes ont récemment signé des lettres d’opinion qui condamnent le président. Ses actions, concluent-ils, correspondent exactement à ce que les fondateurs voulaient sanctionner en inscrivant l’impeachment dans la Constitution.

Même s’il est acquitté comme Andrew Johnson et Bill Clinton l’ont été, on se souviendra de Donald Trump d’abord comme d’un président qui aura reçu ce jugement sévère des élus du peuple... à moins bien sûr qu’une deuxième victoire électorale lui permette de transformer définitivement son pays à son image, un pays où l’Histoire s’écrirait à grands coups de faits alternatifs et de « trumperies ».