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Quand le patronat veut optimiser les enseignants

Quand le patronat veut optimiser les enseignants
Photo d'archives Sébastien St-Jean

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En décembre 2014, je prenais connaissance des propositions patronales en vue du renouvellement de l’entente. Pour la première fois de ma carrière, un sentiment de colère me poussait à écrire une lettre d’opinion.  

Mon texte fut publié dans Le Devoir et La Presse:      

Les enseignants sont beaucoup trop généreux de nature. Tellement qu’on oublie leur générosité. C’est de l’acquis pour l’employeur, les parents et les élèves. Comme le disait Machiavel, il ne faut pas être généreux, mais tenu pour généreux. Le bon peuple apprécie la générosité lorsqu’elle est parcimonieuse. À ce moment, il est reconnaissant.   

Cinq ans plus tard, j’ai lu les «nouvelles» propositions patronales.      

Un mauvais remake du jour de la marmotte.      

L’effet enseignant  

D’emblée, le comité patronal de négociation tente de nous convaincre du bien-fondé de sa démarche intellectuelle. Il nous informe que «la valorisation de la profession enseignante doit demeurer au cœur des préoccupations...» et que de créer «un engouement pour la profession est certes un objectif commun»!  

Malheureusement, j’ai le regret de vous annoncer que je n’ai trouvé aucune proposition pouvant supporter ces belles affirmations.     

Par contre, l’expression «besoins des élèves» revient à 34 reprises dans le document. J’imagine qu’il s’agit d’un message subliminal voulant me faire comprendre que la valorisation viendra naturellement si je réponds – enfin – aux besoins de mes élèves.     

Car, à la suite de la lecture de ce document, c’est le sentiment qui m’habite: je dois en faire, encore une fois, davantage pour mes élèves.      

Je manque de souplesse, de disponibilité et d’efficacité. Je suis incapable de produire le maximum avec le minimum de moyens. Honte à moi!     

Comment pallier les difficultés infernales vécues dans les groupes réguliers?      

Il suffit de m’optimiser.     

Bref, le patronat est persuadé que «l’effet enseignant» constitue la solution divine dans le but de vaincre le monstre sacré du système à trois vitesses.     

Augmenter la semaine de travail  

En contradiction totale avec notre professionnalisation, le comité patronal nous demande de faire la démonstration à l’école de notre efficacité : augmentation du nombre d’heures de présence, augmentation de la tâche assignée, augmentation de l’amplitude quotidienne, etc.     

Le comité pousse même l’audace à proposer «une obligation de disponibilité pour répondre à des besoins spécifiques, ponctuels ou urgents».   

De la suppléance obligatoire!     

Un délire.    

Ou une autre bonne idée afin de créer un engouement pour la profession selon le comité patronal...     

Depuis des années déjà, les enseignants ont l’obligation d’inscrire à leur horaire des minutes de temps de présence à l’école. Cette pratique improductive a tué à petit feu la spontanéité et la participation volontaire du personnel.      

J’ai connu l’époque où ce minutage ridicule de la tâche n’existait pas. Les enseignants étaient tout aussi engagés dans leur milieu et fort probablement beaucoup plus heureux.     

Je sais. Je suis nostalgique.      

Et il faut être de son époque.     

Je crois donc que l’heure de l’horodateur est venue. Avec la technologie actuelle, il permet bien plus que de poinçonner notre présence: il est même possible de suivre le temps passé sur un projet.     

Le comité patronal doit déjà saliver à la lecture de cette proposition.      

Encore une bonne idée dans le but de valoriser la profession.     

Vocation ou profession  

Est-ce que la convention collective est parfois trop rigide? Oui.      

C’est un peu comme si je décidais de peinturer en blanc les quatre murs, le plafond et le plancher de l’école. De temps en temps, j’ai l’impression qu’il ne faudrait surtout pas se permettre de choisir un peu de couleur pour l’un des murs.     

Est-ce qu’il existe des sujets dans cette proposition patronale qui méritent des discussions? Oui.     

L’assouplissement des règles de formation des groupes est un sujet important. L’insertion professionnelle en début de carrière est un enjeu de taille. Le développement professionnel continu aussi.      

Avons-nous le devoir de trouver des solutions intelligentes? Oui.     

Est-ce que cela sera possible? Peut-être.     

Mais il faudra enfin éviter l’impasse de la solution facile. Celle qui n’impose pas de changement dans le système, qui ne requiert aucune imagination de la part des principaux acteurs du monde scolaire et qui, surtout, doit se faire à coût nul.     

Certains appellent encore mon job une vocation.      

Je préfère appeler mon job une profession.