/news/currentevents
Navigation

Un tel dispositif aurait pu la sauver d’une violente agression

GEN-KHAOULA-GRISSA
CAPTURE D'ÉCRAN, TVA NOUVELLES Khaoula Grissa a cru que son heure était arrivée lorsque son conjoint s’en est pris à elle. Un bracelet électronique aurait pu empêcher cela, croit-elle.

Coup d'oeil sur cet article

Une victime de violence conjugale estime qu’un bracelet électronique aurait pu empêcher son ex-conjoint de l’attaquer à son domicile, le week-end dernier.  

« Pourquoi c’est toujours à la femme de se protéger ? Pourquoi c’est pas à eux [aux autorités] ? », se demande Khaoula Grissa, en entrevue avec Le Journal

La femme de 43 ans a raconté dans plusieurs médias cette semaine avoir été agressée par son ex-conjoint dimanche. 

Ce dernier serait entré par effraction à son domicile, puis se serait caché dans sa garde-robe avec un couteau, selon sa version des faits. 

Après l’avoir violentée, il aurait ensuite tenté de s’enlever la vie. 

L’homme serait récemment sorti de prison après avoir purgé une peine pour des actes de violence envers elle. L’interdiction d’approcher son ex-conjointe faisait partie de ses conditions de libération, témoigne-t-elle. 

Mais les personnes comme son ex-conjoint ne se laissent pas freiner par ce genre d’ordonnance, dit-elle. « Ils ne respectent pas la loi. Ils n’ont peur de rien », lance la mère de famille. 

Elle croit donc que, s’il avait porté un bracelet électronique, les policiers auraient pu être alertés avant qu’il ne s’en prenne à elle et son enfant. 

« Je les blâme [les autorités] de ne pas avoir fait ça [imposer un bracelet] », sachant maintenant que cette pratique existe. 

Pas de prévention 

Quant aux boutons de panique et systèmes d’alarme auxquels ont recours plusieurs victimes, ils n’auraient pas pu prévenir l’attaque de dimanche puisque l’homme était déjà caché chez elle quand elle s’est rendu compte de sa présence. 

Avant l’attaque, elle raconte avoir contacté les policiers à plusieurs reprises pour les informer que son ex-conjoint la suivait et écrivait à ses amis, en vain. 

« Ils me disaient : “Vous avez raison, mais on ne peut rien faire”. Je m’en fous d’avoir raison. Je veux juste être en sécurité. Ça me choque. Si la police ne peut rien faire, qui peut faire de quoi ? », se demande-t-elle. 

Un outil qui ne protégerait pas toutes les victimes 

Le bracelet électronique permettrait de protéger bon nombre de femmes harcelées par leur ex-conjoint, mais n’aiderait pas toutes ces victimes qui peinent à faire reconnaître le risque de violence qu’elles courent, rappellent plusieurs intervenants. 

« On a vraiment, vraiment un problème avec les bris de conditions », dénonce Manon Monastesse, de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes. 

« Je ne crois pas que ce soit tous les hommes [auteurs de violence conjugale] qui devraient être monitorés, mais une bonne partie aurait besoin d’un meilleur encadrement », dit Mme Monastesse. 

Tous les représentants d’organismes interrogés s’entendent sur une chose : les dispositions interdisant à un auteur de violence conjugale de s’approcher de son ex-conjointe, comme elles sont appliquées actuellement, ne suffisent pas. 

« Ce qui est certain, c’est qu’il faut faire quelque chose », résume Valérie Bonneau, coordonnatrice du Centre Multi-Femmes, à Montréal. C’est pourquoi plusieurs trouvent judicieuse l’idée que le bracelet électronique soit plus répandu pour protéger certaines victimes. 

Bouton de panique 

D’ailleurs, d’autres outils technologiques existent déjà. Dans le cadre du programme d’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC), certaines personnes peuvent se munir d’un bouton panique ou d’un système d’alarme qui leur permet d’alerter les policiers si leur agresseur se présente. 

Or, les longs délais et les obstacles bureaucratiques font en sorte que peu de femmes se prévalent de cette option, remarque Marie-Christine Plante de Carrefour pour Elle, en Montérégie. 

De son côté, l’IVAC indique que plusieurs facteurs peuvent expliquer les délais de traitement. La victime doit notamment fournir des documents prouvant l’existence de l’acte criminel, y compris quand il n’y a pas eu d’accusation contre l’agresseur, indique le porte-parole Nicolas Bégin. 

Reste que ces outils d’alerte ne pourraient recoudre qu’une petite maille dans un filet de sécurité largement troué. Trop souvent, les femmes n’arrivent même pas à faire reconnaître que ce qu’elles vivent est de la violence conjugale, et non une simple chicane, rappelle Marie-Christine Plante. 

Risque sous-estimé 

Le risque qu’elles courent est sous-estimé, notamment par les corps policiers, abonde Manon Monastesse. 

Dans certains cas, l’ajout de mesures telles que le bracelet électronique pourrait même provoquer une « augmentation de la dangerosité si ces mesures ne sont associées à rien d’autre », explique Valérie Meunier du Groupe d’aide aux personnes impulsives. 

« Le bracelet, c’est une des solutions. Mais il doit y avoir “des” solutions », insiste Mme Meunier.