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Cervidés: vos insuccès expliqués

Campeau
Photo courtoisie Le guide et formateur de renom Michel Therrien analyse certains scénarios improductifs et prodigue de très bons conseils pour les éviter.

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Lorsqu’on ne réussit pas à déjouer le chevreuil ou l’orignal visé, croyez-vous vraiment qu’il s’agit uniquement de malchance ? J’ai demandé au guide expert Michel Therrien de consulter les notes qu’il prend chaque soir après avoir passé une journée en forêt et de préciser aux lecteurs du Journal pourquoi certains cervidés réussissent à leur échapper. Voici l’essentiel de ses propos et des astuces pour éviter des scénarios peu enviables.

Le langage des orignaux

À deux occasions l’automne dernier, des chasseurs ont entendu des appels provenant d’orignaux femelles trahissant la présence d’un mâle tout près. Or, les adeptes mis en cause ont simplement considéré que les vocalises entendues avaient été émises à tort par une femelle non accompagnée.   

Dans le premier cas rapporté, l’agenda fait mention d’une femelle qui était en rut le 27 septembre et l’intensité de ses appels visait à retenir un mâle qui s’éloignait d’elle après une séance de rattling provenant du nemrod. Des images récupérées plus tard d’une caméra de surveillance ont démontré que durant le concert de la femelle, on voyait un majestueux reproducteur passer devant la caméra avec sa compagne fort bavarde. Elle le suivait derrière pour le retenir. À l’avenir, le sportif impliqué a indiqué au guide qu’il irait dorénavant toujours vérifier visuellement au cœur de la forêt pourquoi, durant le rut, certaines femelles deviennent vocalement très animées. 

Ses notes du 14 octobre 2019 vont dans le même sens alors qu’un chasseur d’un camp voisin indiquera avoir entendu une femelle qui protestait inlassablement. Il dira, selon son interprétation, que la femelle en question était seule et vraisemblablement en chaleur. Or, il ne s’agissait pas d’une solitaire et elle n’était surtout aucunement en rut. Un autre amateur le confirma rapidement en allant prélever le buck qui était en fait un jeune harceleur de femelles inexpérimenté.  

Pour corriger cette dimension, un chasseur qui s’adresse à un cervidé aussi bavard qu’un orignal aurait intérêt à consulter des films, des vidéos, des CD explicatifs et même des capsules sur le web traitant du langage du roi de la forêt. Il est également possible d’opter pour des consultations et du coaching.   

Freiner le cerf  

Au terme de sa saison, un ami de Therrien a raconté ne pas avoir eu le temps de faire feu sur un gros buck chevreuil en mouvement. Le spécimen marchait rapidement la tête au sol comme s’il poursuivait l’odeur d’une femelle en rut. Le chasseur a anticipé le trajet du cervidé et quand l’animal est apparu entre deux arbres, il a tenté de le surprendre par un tir d’une distance fort raisonnable. Cependant, le temps prévu pour le tir a été jugé insuffisant pour le nemrod impliqué, alors le buck a continué son chemin. 

En écoutant certains récits,
Therrien, qui en a entendu d’autres, révélera qu’il est parfois relativement facile d’établir un certain diagnostic, surtout quand les faits sont bien rapportés. Dans ce cas-ci, il est tout à fait logique de croire que le buck en question se serait immobilisé si le chasseur avait émis un grunt de mâle en sa direction.

En effet, il est connu et commun qu’un cerf s’arrête quand un bruit soudain parvient à ses oreilles, surtout s’il s’agit du call d’un buck durant la période entourant la reproduction. Ce conseil est aussi pertinent pour l’orignal que pour le chevreuil. Pour reconnaître la provenance d’un son nouveau dans son environnement, un cervidé s’immobilisera et il orientera ses oreilles vers la direction concernée. Dès lors, l’adepte prêt et en position bénéficiera d’une cible immobile. 

Au moment où l’on se déplace vers un cervidé ou que l’on est à l’affût et dans l’attente de celui-ci, il faut toujours se conditionner mentalement à des scénarios imprévus qui pourraient survenir. Avant de s’embusquer à un endroit spécifique, il faut préparer des petites branches à casser au besoin suivant l’approche probable d’un orignal. Nos divers outils de chasse doivent donc être disponibles et en tout temps à nos côtés.  

Le bon timing 

Se servir des caméras de surveillance implique à l’occasion qu’une photo vous brisera le moral lorsque vous réaliserez que vous n’étiez pas présent au moment opportun. Il y a un proverbe qui dit qu’une photo vaut mille mots, mais dans le cas d’un chasseur absent, le guide ironise un peu en disant que pour certains nemrods, une image va plutôt valoir mille maux...

En effet, combien de fois un amateur révélera être arrivé 15 minutes en retard ou être parti 15 minutes trop tôt suivant la photo prise d’un buck vulnérable avec l’heure indiquée ?

Anticiper le moment où un cervidé passera est tout un art, et parfois, il faut compter sur la chance ou du moins sur les actions visant à provoquer le synchronisme d’une rencontre.

Quand le rut bat son plein et que votre site d’affût à chevreuil est parsemé de femelles distraites et peu protectrices avec les veaux, il est temps de réaliser que tout est en place pour l’arrivée d’un buck, et ce, peu importe le moment de la journée. Ainsi, avant de prendre la décision de délaisser un spot, il faut minimalement faire l’exercice de se demander si des doutes subsistent sur la présence potentielle d’un cervidé autour ou en voie de se présenter devant nous.

M. Therrien répétera que les plus beaux atouts qu’un chasseur doit avoir sont la patience et la confiance. 

♦ Pour en savoir plus ou pour suivre des formations spécialisées sur l’art de traquer les cervidés, consultez le site www.micheltherrien.com .