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Un faux refuge continuerait de flouer des gens

Des sommes versées en dépôt pour adopter des chiens ne sont pas remboursées

Claudia Mercier souhaitait trouver un compagnon au petit Harley Claudia Mercier souhaitait trouver un compagnon au petit Harley Claudia Mercier souhaitait trouver un compagnon au petit Harley
Photo Amélie St-Yves Claudia Mercier aurait voulu adopter le petit Luigi, 2 mois, pour tenir compagnie à Harley, 12 ans, qu’elle tient dans ses bras.

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Plusieurs personnes affirment avoir été victimes d’un couple de Laval qui utiliserait le joli minois de chiots « en adoption » dans son « refuge » pour encaisser des dépôts et disparaître avec l’argent. 

Claudia Mercier de Mirabel est tombée en amour avec le regard de Luigi, un petit chihuahua âgé de deux mois, le 10 décembre dernier. Sa binette était affichée sur la page Facebook du « Refuge S-C inc. », géré par Maxime April-Bouchard et Jessica Houle. 

« Je me suis dit qu’il y avait de la place pour un autre petit amour dans notre famille », raconte la mère de trois enfants, qui a accepté de verser un dépôt de 150 $ par virement bancaire pour réserver l’animal. 

Les demandes d’argent se sont poursuivies, notamment pour la stérilisation du chiot, toujours via la plateforme Facebook. 

La propriétaire d’un salon de coiffure avait déjà donné 467 $ quand une de ses clientes lui a envoyé un article publié dans Le Journal en août 2018 au sujet des deux gestionnaires. Le texte faisait état de stratagèmes utilisés par le couple pour cumuler les dépôts sans livrer les animaux, et sans rembourser. 

« On se traite d’innocent. On se traite de niaiseux. C’est vraiment pas le fun », raconte-t-elle. 

Elle était déjà bloquée sur Facebook et n’avait ni numéro de téléphone ni adresse. Elle a porté plainte à la police de Mirabel le lendemain. 

Le Journal a échangé avec trois autres victimes qui affirment avoir été flouées par le couple récemment, dans des contextes similaires. 

Culottes à terre 

Ce « refuge », qui n’a pas de permis du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), s’est par ailleurs fait prendre les culottes à terre par des internautes au début du mois. 

Il publiait la photo d’un petit chihuahua nommé Dexter, disponible pour l’adoption. 

Or les photos utilisées appartenaient plutôt à l’élevage Dulce Chihuahua, qui avait publié les mêmes clichés deux mois avant. Le chien s’appelle en réalité Lexus, et est toujours à Saint-Denis-sur-le-Richelieu en attendant de trouver sa famille. 

« C’est vraiment pas bon pour les éleveurs qui font ça par passion », a déploré Mélanie Chaussée, la propriétaire de l’élevage.  

Explications 

Joint au téléphone, Maxime April-Bouchard a d’abord dit au Journal que ce chiot avait été adopté « en mains propres », pour finalement parler d’une erreur commise par « un employé qui s’est fait taper sur les doigts ». 

Il a par ailleurs prétendu qu’il n’était pas dans les pratiques du refuge de demander des dépôts, « sauf dans des cas vraiment exceptionnels ».  

Pourtant, les quatre victimes présumées auxquelles Le Journal a parlé avaient toutes dû en payer. 

Maxime April-Bouchard affirme n’avoir rien à se reprocher, mais la ligne téléphonique sur laquelle Le Journal l’a joint a été débranchée dans les 24 heures qui ont suivi. 

Attention aux dépôts 

Le porte-parole de l’Office de la protection du consommateur, Charles Tanguay, rappelle qu’il faut bien s’informer avant de verser quelque somme que ce soit, surtout lorsqu’il est question de transactions en ligne. 

« On vérifie s’il y a une adresse réelle, on vérifie qui est derrière, et ça prend des preuves. Et jamais, jamais, on ne fait de virement bancaire. Parce qu’un virement bancaire, ça ne se défait pas », dit-il. 

À ce sujet, il conseille plutôt de faire les dépôts absolument nécessaires par carte de crédit, puisqu’il est généralement plus simple de se faire rembourser en cas de fraude. 

Au cœur de batailles juridiques 

Jessica Houle et Maxime April-Bouchard
Photo tirée de Facebook
Jessica Houle et Maxime April-Bouchard

Maxime April-Bouchard et Jessica Houle ont déposé une demande d’injonction au tribunal cette semaine pour tenter de faire taire ceux qui affirment avoir été fraudés. 

Le couple reproche à Mégane Bigot et Valérie Pouliot-Gagnon d’avoir « publié des avis négatifs et diffamatoires à leur sujet » dans un groupe Facebook, relatent les documents de cour déposés à Montréal. 

Les demandeurs demandent aux deux femmes, ainsi qu’à divers organismes de défense des droits animaliers de retirer des publications considérées comme diffamatoires, et de leur verser 130 000 $ en dédommagement. 

Cruauté 

Pour sa part, le couple Bouchard-Houle doit subir deux procès prochainement.  

Un procès pénal pour des accusations en vertu de la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal le 24 février prochain, au palais de justice de Laval. Un deuxième procès, cette fois criminel, doit se tenir à la cour municipale de Montréal les 31 mars, 1 et 2 avril, pour des accusations de négligence et de cruauté. 

Rappelons qu’en octobre 2017, cinq chiens ont été saisis par la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) au logement qu’occupaient Maxime April-Bouchard et Jessica Houle. Deux d’entre eux avaient dû être euthanasiés tant ils étaient mal en point. 

Saisies 

En mars 2018, c’était au tour de la Ville de Laval, en collaboration avec la SPCA, d’effectuer une nouvelle saisie de huit chiens pour cause d’insalubrité. La municipalité a également obtenu une ordonnance du tribunal un mois plus tard pour évincer définitivement le couple du logement délabré. 

Par ailleurs, des documents de cour obtenus par Le Journal révèlent que Maxime April-Bouchard a signé une ordonnance de probation le 11 mars 2019 après avoir été trouvé coupable de harcèlement.