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La petite Alexie est née à 22 semaines

Grande prématurée, la fillette fait des progrès qui rassurent ses parents

Alexie Clermont
Photo Chantal Poirier Âgée de quatre mois, Alexie Charles est née à 22 semaines et six jours de grossesse. Elle est sur la photo avec sa mère Stéphanie Clermont.

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Née à seulement 22 semaines de grossesse, la petite Alexie défie les limites de la survie des grands prématurés. À quatre mois, elle se porte étonnamment bien, comme le montrent ses joues dodues.   

« On se sent vraiment choyés de l’avoir », confie Stéphanie Clermont, la mère d’Alexie Charles. « On a franchi beaucoup d’étapes qui nous amènent à penser que ça va aller [au] mieux », dit-elle.    

Les progrès de la médecine permettent de sauver de plus en plus de bébés grands prématurés. Malgré cela, Alexie représente un cas rare. Né à 22 semaines de grossesse et six jours, le poupon, qui ne pesait que 520 grammes, avait un maigre 20 % de chances de survie.    

« Ce n’était vraiment pas gagné, se rappelle Mme Clermont, âgée de 31 ans. L’enjeu majeur, c’est les poumons. On ne savait pas si elle passerait la première nuit. »    

Si cette histoire emplie d’espoir montre la force de la vie, elle rappelle aussi sa fragilité. Après sa naissance, la sœur jumelle d’Alexie, Léane, est décédée.    

Elle ne pesait alors que 443 grammes.     

« On n’a pas voulu qu’ils s’acharnent, confie la mère. Le poids joue beaucoup pour les prématurés. Ça a joué en sa défaveur. »    

« Extrêmement peur »  

Le début de la grossesse s’était bien déroulé. Or, l’échographie de 20 semaines a révélé que le col d’utérus était très court. Les médecins ont procédé à un cerclage d’urgence, pour le refermer.    

« C’était la panique. J’avais extrêmement peur, confie la mère. On lisait beaucoup que le seuil de viabilité est à 24 semaines. »    

Après avoir perdu du sang, la mère de Boucherville a été hospitalisée d’urgence à l’hôpital Sainte-Justine, le 16 août.    

« Il y avait beaucoup de risques. [..]) Mais je tenais beaucoup à donner une chance à mes bébés », dit la mère, qui avait eu recours à l’insémination artificielle.    

Finalement, les filles sont nées trois jours plus tard.     

La date du terme était le 17 décembre. Bien qu’Alexie ait été vigoureuse à la naissance, les premières semaines se sont déroulées en mode survie.    

« Quand tu perds un enfant, tu réalises que oui, ça se peut. Et on savait qu’on pouvait perdre Alexie. On avait peur de retourner là, avec notre autre fille », dit la mère, qui se rend à l’hôpital tous les jours.    

Congé à venir ?  

Hospitalisée depuis sa naissance, Alexie a pris beaucoup de forces et respire par elle-même durant des heures.     

Elle réussit à garder sa chaleur et pèse maintenant plus de trois kilos. Selon un médecin qui suit Alexie, un congé début 2020 est envisageable.    

« Je me réveille la nuit sans bébé. J’ai hâte que ce soit elle qui me réveille », confie la mère, qui attend ce moment avec impatience.    

Grande prématurée   

  • Alexie Charles est née à 22 semaines et 6 jours    
  • Problèmes aux poumons et aux yeux         

  

Ce n’est pas un cas unique de survie  

La petite Alexie n’est pas un cas unique de grand prématuré né à 22 semaines. Les avancées de la médecine qui permettent désormais de sauver ces poupons. « C’est sûr qu’elle a été chanceuse, avoue le néonatalogiste Ahmed Moussa, qui a suivi Alexie à l’hôpital Sainte-Justine. Mais Alexie a eu un parcours assez correct. Elle s’est sauvée de plusieurs complications possibles », dit-il.     

« Beau parcours »   

Selon le médecin, l’évolution des soins de santé permet de sauver des bébés de plus en plus tôt. À Sainte-Justine, cinq ou six bébés nés à 22 semaines ont survécu dans la dernière année, dit le néonatalogiste.     

Généralement, leur chance de survie est de 30 % à 35 %. Devant ce tableau, les femmes qui accouchent aussi tôt ont de longues discussions avec les médecins sur le choix d’intervenir, ou de laisser partir l’enfant.     

« Souvent, ils sont déchirés entre le chiffre et leur gut feeling. Dans la vie, on doit tenir compte de cette émotion », dit le Dr Moussa.     

« Plusieurs équipes ont commencé à offrir des soins intensifs à des bébés à 22 semaines. Ce n’est pas dans la pratique courante, c’est du cas par cas », dit le médecin.     

Évidemment, l’âge gestationnel et le poids sont des critères importants dans les chances de survie. Les grossesses multiples sont plus à risque.     

Moins de séquelles  

Par ailleurs, les grands prématurés ont plus de risques de séquelles physiques.     

Les deux premières années de vie sont souvent difficiles, puisque ces bébés sont vulnérables aux infections. Ils sont aussi plus touchés par les troubles de l’apprentissage ou de l’attention.     

« Avec le temps, les choses changent. Les soins ont évolué, les bébés survivent davantage avec un meilleur futur », s’encourage le Dr Moussa.     

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