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Les États-Unis à la croisée des chemins

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Photo d’archives, AFP

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C’est la fin d’une année riche en événements aux États-Unis, mais surtout d’une décennie tumultueuse dont l’empreinte sur l’Histoire dépendra du choix des Américains en 2020.

En suivant au quotidien les aléas de la politique américaine et les frasques d’un président omniprésent, on perd parfois la trace de l’Histoire. 

Que retiendra l’Histoire de cette décennie qui achève ?

Société en mouvement

Le progrès social aux États-Unis n’a jamais été à sens unique. Malgré l’espoir soulevé par l’élection de 2008, les tensions raciales sont restées vives. Sur un autre front, celui des droits des couples de même sexe, le pays a fait un grand pas en avant. Sa direction n’en demeure pas moins confuse. Alors que la criminalité est en baisse, on déplore un nombre record de tueries de masse. Alors que le mouvement #MoiAussi signalait la fin de l’acceptation tranquille du harcèlement sexuel, les Américains élisaient un harceleur impénitent à la présidence.

De la crise à la prospérité à crédit

Il y a 10 ans, les États-Unis subissaient la pire récession depuis la Grande Dépression. Personne n’aurait osé prédire 37 trimestres sur 40 de croissance du PIB, 109 mois consécutifs de croissance de l’emploi et une chute du chômage de 10 % en 2010, à 3,5 %. 

Les acteurs économiques ont du mérite d’avoir performé ainsi en dépit d’une gouverne dysfonctionnelle, mais cette croissance a été accompagnée d’un creusement des inégalités et elle s’est faite largement aux dépens des contribuables de demain.

La discipline fiscale, presque reconquise sous l’administration Obama, a été larguée par Donald Trump. Avec des déficits astronomiques et une fiscalité tronquée, on peut douter que les États-Unis puissent encore mener une sortie de crise globale comme ils l’ont fait au début de la décennie.

Du déclin à la fin de l’empire ?

Au plan international, la première moitié des années 2010 a été marquée par des actions qui permettaient d’espérer un renouveau du leadership américain. Outre la sortie de crise, les États-Unis ont soutenu l’Accord de Paris sur le climat et l’entente de dénucléarisation de l’Iran, en plus d’obtenir un engagement des alliés de l’OTAN de renforcer leur contribution à la sécurité commune. Même si ce leadership laissait à désirer ailleurs, l’espoir était permis.

Il n’aura fallu qu’une élection et quelques années pour éteindre cet espoir, alors que Donald Trump a malmené allègrement le leadership global des États-Unis.   En réduisant sa politique étrangère à une démonstration de force brute et à une approche transactionnelle dépourvue de fibre morale, l’actuel président signale la fin possible du rôle de pilier que les États-Unis ont joué dans le monde pendant trois quarts de siècle. Tout dépendra de la politique intérieure.

Polarisation et ressentiment

Donald Trump n’a pas causé les maux de la démocratie américaine. Il en est un symptôme. La décennie s’est ouverte sur une réaction viscérale de la droite aux réformes de l’administration Obama et, pour certains, à la présence même du premier Afro-Américain à la Maison-Blanche. 

Cette nouvelle droite populiste, qui carbure au ressentiment, a été appropriée par Donald Trump et est devenue le noyau d’un Parti républicain transformé à son image. 

L’érosion des normes institutionnelles qui assuraient la cohésion du système politique s’est accélérée avec l’arrivée d’un président déterminé à mettre son penchant autoritaire et son intérêt propre au-dessus de tout.

En novembre 2020, les Américains devront choisir entre la vision trumpienne d’une démocratie à sens unique et un retour aux normes républicaines et démocratiques sur lesquelles le pays est fondé.  Si Trump est vaincu, ce retour à l’équilibre sera ardu. S’il l’emporte, il risque de s’avérer impossible.