/news/consumer
Navigation

La banque alimentaire pour des victimes de la crise du logement

Des travailleurs dont le loyer coûte cher pigent dans leur budget d’épicerie

Un homme prend des denrées
Photo Frédérik-Daniel Poirier Un homme prenait des denrées ce mois-ci au Centre de ressources et d’action communautaire de La Petite-Patrie.

Coup d'oeil sur cet article

Les prix élevés liés à la crise du logement à Montréal expliquent qu’un nombre croissant de travailleurs auraient recours aux banques alimentaires.

Le Journal s’est entretenu avec une mère monoparentale qui travaille une trentaine d’heures par semaine dans le milieu culturel montréalais, et qui suit un cours par session à l’université.

Celle qui préfère conserver l’anonymat pour ne pas inquiéter ses proches gagne plus que le salaire minimum, mais doit néanmoins avoir recours aux banques pour elle et ses deux enfants.

« Même en mettant les bouchées doubles, quand tu es seule et que tu vis à Montréal, les coûts [du logement] sont énormes », explique-t-elle.

Elle a appris cette semaine qu’elle devrait probablement déménager de son logement de l’arrondissement Rosemont–La Petite-Patrie dans les prochains mois.

« Je ne sais juste pas où on va aller », laisse-t-elle tomber.

Ce cas est loin d’être unique. Le dernier Bilan-Faim de Moisson Montréal révèle que 12,5 % des gens qui ont eu recours aux banques alimentaires dans la dernière année sont des travailleurs. Ils étaient 9,7 % en 2018.

Il y a un lien à faire entre la crise du logement et la hausse des travailleurs dans les banques alimentaires, selon Nathalie Bouchard, directrice générale du Centre de ressources et d’action communautaire de La Petite-Patrie. Elle voit de plus en plus d’employés désemparés arriver en larmes dans son bureau.

Il n’en reste plus

« Les loyers explosent dans La Petite-Patrie. C’est assez extraordinaire comment les gens paient cher pour se loger. Et donc, évidemment, il n’en reste plus suffisamment pour faire l’épicerie », explique-t-elle.

Elle affirme que l’effet est encore plus présent chez les travailleurs célibataires, qui doivent souvent assumer seuls les frais de logement.

La directrice de la Mission communautaire du Mile-End, Linda Hachey, fait aussi un lien de cause à effet.

« Pour quelque chose de décent, c’est 650 $, qu’est-ce que tu peux manger après ça ? », illustre-t-elle.

La porte-parole du Front d’Action populaire en réaménagement urbain, Véronique Laflamme, n’est pas étonnée.

« On voit vraiment que la hausse du coût des logements à Montréal appauvrit les locataires. Les revenus de la majorité des locataires n’augmentent pas de façon à suivre la hausse du coût des loyers », résume-t-elle.

Elle rappelle que les dépenses liées à l’alimentation sont souvent la porte de sortie pour payer le logement.

Beaucoup de travailleurs

Le directeur général chez Moisson Montréal, Richard Danault, rappelle que les gens sur l’aide sociale ne représentent que 49 % des bénéficiaires d’aide alimentaire.

Les autres sont notamment des travailleurs, des étudiants sur les prêts et bourses, des gens comptant sur l’assurance emploi, sur des revenus de pension de vieillesse ou des revenus liés à l’invalidité. « Ce qui est préoccupant, c’est de voir que la moitié des gens qui vont dans les banques alimentaires, ils en ont, des revenus », dit-il.

♦ Les organismes accrédités à Moisson Montréal répondent à environ 560 000 demandes d’aide alimentaire par mois. On dénombrerait entre 100 000 et 150 000 bénéficiaires d’aide alimentaire à Montréal.