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Bye Bye 2019: hystérique et décousu

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MONTRÉAL | Comment les créateurs du Bye Bye 2019 en sont venus à déduire que les publicités de la mycose des ongles et de A&W méritaient plus de temps d’antenne que les humeurs de Donald Trump, les coups d’éclat de Catherine Dorion ou même le tollé collectif qui a suivi les changements de date de l’Halloween ?   

On se posera la question longtemps, si seulement on se souvient encore de ce Bye Bye de fin de décennie dans dix jours.          

Criarde, parfois insignifiante et souvent décousue, la quatrième revue fignolée par le réalisateur et comédien Simon Olivier Fecteau et son équipe, qui comprenait aussi André Ducharme à la script-édition, a passé rapidement ou pas du tout sur des sujets qui ont pourtant alimenté de vifs débats en 2019 (la crise des médias, la loi 21, SNC-Lavalin) et accordé une importance démesurée à certaines manchettes de second ordre.          

 Comme cette insupportable vignette où les producteurs de lait hurlaient (littéralement) leur désespoir de ne pas voir leur produit inclus dans le nouveau Guide alimentaire canadien.          

Autre instant d’hystérie, ce concours de gueulage entre deux vendeurs (Claude Legault et Guylaine Tremblay) vêtus de bleu et renchérissant des gros titres imaginaires de 2020.          

On a même trouvé le moyen de tourner en dérision la dépendance à Fortnite et le mouvement maipoils dans un sketch pour le moins... poilu, qui avait de quoi laisser perplexe.          

En revanche, les fuites de données chez Desjardins ont fait l’objet de trois coups de gueule, plus ou moins inspirés. Les élections fédérales ont été abordées dans un croisement de capes de superhéros, où Justin Trudeau, rebaptisé «Blackface», affrontait ses ennemis. Un bon flash, mais la campagne a fourni quantité d’autres filons qu’on aurait pu exploiter.          

Les acteurs brillent   

Les troupes du Bye Bye avaient choisi, pour marquer le passage à 2020, de faire peau neuve en matière de distribution. On a donc accueilli avec bonheur quatre «petits nouveaux», Anne-Élisabeth Bossé, Mehdi Bousaidan, Julie LeBreton et Guylaine Tremblay, qui se sont joints à Patrice L’Écuyer et Claude Legault, qui étaient déjà là l’an dernier.          

Omniprésent et efficace, Legault mérite le titre de grande vedette de la soirée ; il était partout ! Guylaine Tremblay, qui avait tâté l’expérience du Bye Bye en 1992, a confirmé son indéniable talent comique, notamment en personnifiant une Caroline Néron fière de transmettre ses talents pour les déboires financiers.          

On ne s’attendait pas non plus à voir l’étoile d’Unité 9 se glisser sous les traits d’un Steven Guilbeault confiné à la «tablette» du Patrimoine canadien.          

Pierre Brassard est revenu retrouver ses potes le temps d’un tour de piste dans la peau d’un François Legault «miraculeux». «Après un an et demi, y’a encore personne qui veut me crucifier. C’est ça, le vrai miracle!», a lancé le faux premier ministre.          

On avait hâte de constater les talents d’imitateurs de Bossé, Bousaidan et LeBreton. Or, ceux-ci ont eu davantage à jouer les monsieur et madame Tout-le-Monde dans leurs apparitions, car l’édition 2019 de la rétrospective comique a quelque peu rompu avec la tradition consacrée du Bye Bye, qui pastiche généralement chansons, émissions de télévision et phénomènes populaires pour survoler l’année qui s’achève. On a surtout misé, cette fois, sur des protagonistes du quotidien sortis tout droit de l’imagination des auteurs.          

Anne-Élisabeth Bossé mérite toutefois une immense étoile dans son cahier pour sa caricature d’une Céline Dion survoltée à Carpool Karaoke. Sa Céline n’était pas à la hauteur de celle de Marc Labrèche, mais l’effort était plus qu’honorable. «Je roule pas de conducteur, comme ma carrière», a lancé cette nouvelle Céline à la fin de son voyage.          

Pas à la hauteur  

Julie LeBreton était rigolote en Greta Thunberg (arrivée à quelques minutes du coup de minuit), mais les jeux de mots qu’on a fait débiter à la fausse adolescente n’étaient pas à la hauteur de l’espace médiatique occupé par la «vraie» Greta en 2019. On aurait pu mieux rendre justice à la jeune icône planétaire, tout en la taquinant gentiment.          

À travers les images de brasiers détruisant Notre-Dame de Paris et le reste de la planète, le calque (réussi) de la publicité de la mycose des ongles («En 2020, faites-vous donc soigner calvince, qu’on en finisse ! Et, de grâce n’attrapez jamais l’herpès génital.»), le retour tout en effets spéciaux des Chick’n Swell et les taloches sympathiques à Jean-Charles Lajoie, Denise Bombardier, Patrick Bruel, Madame Coucou, Gad Elmaleh, Xavier Dolan, Jean Charest, aux animateurs de Radio-Canada et aux influenceurs, on a souvent senti, à travers diverses répliques aigres-douces, que les plumes du Bye Bye 2019 craignaient d’employer certains termes, de choquer et de se faire accuser de racisme, de sexisme, d’appropriation culturelle, et quoi encore. Quelques allusions à la rectitude politique ambiante ont été décochées dans certains sketches.          

 Est-ce la raison pour laquelle l’émission semblait autant s’éparpiller dans tous les sens ? Quoi qu’il en soit, on espérait mieux pour entamer la nouvelle décennie.