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Celui qu’on n’oublie pas

WE 0104 Boileau
Photo courtoisie Le Nord retrouvé
François Lévesque
Tête première
264 pages

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De l’extérieur, nul ne pourrait s’en douter, mais un drame se met en place à Akikatik, petite ville inventée du Nord abitibien. Et François Lévesque en distille très habilement les ingrédients.

De roman en roman, presque un par année, François Lévesque se promène entre le policier, le fantastique et le roman noir. On pourrait ajouter le roman de l’envoûtement à cette liste.

Le Nord retrouvé, son plus récent ouvrage, relève de cette catégorie. Il complète ce que l’auteur a appelé sa « Trilogie boréale », et on y retrouve la même force d’écriture des deux récits qui l’ont précédé, soit En attendant Russell et En ces bois profonds.

On est cette fois dans une ville minière qui fut jadis prospère et qui attend de revivre. Quatre personnages seront mis en scène à tour de rôle, chacun portant le souvenir d’un tout jeune homme, Mikael – un Cri à qui l’on attribuait autrefois tous les méfaits de la région et qui a un jour disparu. Parti rejoindre la grande ville dont il rêvait tant, croyait-on. C’était il y a 23 ans. 

C’est à toutes petites touches que l’auteur nous fera découvrir pourquoi Mikael hante Maurice et son fils Jonathan, de même que leurs voisins, Suzelle et Gilbert. Une grande tension psychologique parcourt ce roman et elle se construit par des procédés d’écriture récurrents et maîtrisés.

Ainsi, chacun a droit à sa section, appelée « livre ». Celle-ci s’ouvre toujours de la même manière : on est un matin de septembre, et le protagoniste se réveille péniblement. Puis le récit se met en place, ancré dans la routine des jours, mais s’appuyant sur une succession de phrases brèves, de courts paragraphes, et des mots qui se répètent, comme une incantation.

Apparition troublante

Enfin, chacun finira par croiser un animal blanc aux yeux dorés, apparition quasi spectrale qui va le troubler.

Le ton envoûte, tout comme l’atmosphère qui encercle les personnages.

À quoi s’ajoute le décor : cette Abitibi chérie de l’auteur, qui en est originaire, où on est toujours à l’orée d’un bois et où l’hiver se laisse deviner dès le mois de septembre. L’impression d’isolement, d’étouffement, en est accentuée.

C’est ainsi que l’on comprend que, sous une apparence banale, chaque personnage a ses secrets. Maurice perd doucement la tête ; Gilbert, impitoyable misogyne, sévit anonymement sur les réseaux sociaux ; sa femme Suzelle s’est créé une vie en dehors du foyer conjugal. D’ailleurs, le portrait de cette femme d’âge mûr est particulièrement juste...

Enfin, tous portent leur part de Mikael en eux – Mikael dont Jonathan était follement amoureux à l’adolescence, au point de quitter la région à l’âge adulte en se jurant de ne plus y revenir. Le voici pourtant en route, pour un séjour qui s’avèrera plus long que prévu.

Ça finira par un drame. À l’image de ce roman, il se mettra doucement en place, inexorablement, mais sans explosion. C’est une excellente manière de laisser une forte impression.